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NOUVEAUTÉS EN LIBRAIRIE (photo)

Des romans, rien que des romans, à part un petit guide de psychologie plein d’humour et un essai – à l’écriture néanmoins romanesque –, pour accompagner le repos de ces jours d’après fêtes... « Boris après l’amour » (Yann Queffélec - Éd. Fayard) Prix Goncourt en 1985 pour Noces barbares, Yann Queffélec est un romancier reconnu, qui a donc ses lecteurs. Ceux-là aimeront sans doute son dernier roman, au titre romanesque trompeur de Boris après l’amour. Pour ceux qui ne comptent pas parmi ses aficionados, s’abstenir. Car cette histoire de grande famille axée autour d’un héritage colossal et d’un enfant illégitime, né d’amours incestueuses, n’est – à notre humble avis, comme dirait Frédéric Beigbeder ! – pas le meilleur cru du romancier. Dans un style qui se veut désinvolte, donc émaillé d’expressions argotiques, Queffeléc reprend là l’éternelle fresque d’une famille, repaire de personnages de belle allure mais à l’âme dépravée. Avec, comme souvent chez cet auteur de « romans populaires », l’enfant martyr. En l’occurence, Boris ! Extrait : « En trente ans, je m’étais fait une spécialité : mentir sur les miens. À Sorèze, j’étais célèbre pour cette mythomanie, mon père était chirurgien quand je croisais un docteur, astronaute si je parlais au chauffeur du bus, ministre si j’avais affaire au directeur, et Dieu pour les curés. J’avais tout imaginé. Des parents criminels. Un couple séparé violemment à cause de moi. Des vieux trop amochés pour entreprendre l’éducation d’un enfant. Une fille-mère abandonnée par un salaud que je tuais par hasard dans le métro....» (354 pages). « Faites vous-même votre malheur » (Paul Watzlawick - Éd. Seuil) Après Comment réussir à échouer, voici, toujours du même auteur, Faites vous-même votre malheur ! On l’aura compris, Paul Watzlawick, docteur en philosophie, psychothérapeute et écrivain (il a surtout écrit des livres scientifiques), s’amuse à parodier les guides de conseils pratiques. À travers une recherche méthodique des mécanismes, fondée sur des dizaines d’années d’expérience clinique, Watzlawick offre une sorte de compilation des situations qui mènent les gens à leur malheur. Présentées de manière amusante, mais avec un bon fond de sérieux, ces tendances à ressasser le passé, rester loyal avec soi-même sans jamais renoncer, être spontané, etc. nous mènent souvent à des situations catastrophiques. Qui, à contrario, seraient à éviter par ceux qui ne veulent pas faire eux-mêmes leur propre malheur ! Extrait : « Vivre en conflit avec le monde et, en particulier, avec les autres hommes, voilà qui est à la portée du premier venu, mais sécréter le malheur tout seul, dans l’intimité de son for intérieur, c’est une autre paire de manches. On peut toujours reprocher son manque d’amour à un partenaire, attribuer les pires intentions à un patron ou mettre sa propre mauvaise humeur sur le compte du temps qu’il fait, mais comment si prendre pour faire de soi-même son pire ennemi ? » (118 pages). « One Man Show » (Nicolas Fargues - Éd. POL) Apparemment, à en juger par la critique en France, Nicolas Fargues est aussi bon que beau. Le jeune auteur qui a été choisi pour être la nouvelle image du parfum « Allure » de « Chanel » en est tout juste à son troisième roman. Il avait d’ailleurs présenté le second à Beyrouth, lors du Salon « Lire en Français » 2001. À l’époque, il avait déjà entamé l’écriture de One Man Show dont il espérait faire, disait-il, un roman dénonciateur de la lâcheté masculine. Pari tenu, semble-t-il. Puisque cette histoire d’écrivain marié, qui voudrait bien échanger sa plume contre le micro d’un présentateur de télé et aussi, pourquoi pas, sa femme contre la première groupie venue, nous en dévoile des vertes et des pas mûres sur ce qui se passe dans la tête d’un homme. Pas toujours du joli, même si cela fait un « joli » roman à succès. Extrait : « Ma lâcheté de mec, c’était de ne pas assumer devant elle de ne plus l’aimer, peut-être de ne jamais l’avoir assez aimée, pas autant que je l’avais cru, pas autant qu’elle m’aimait elle, pas autant en tout cas que je lui disais encore l’aimer aujourd’hui. (...) Bref, c’était bien de ma faute, pas de la sienne, si elle n’avait toujours pas eu la bonne idée de me quitter. » (238 pages). « Le peseur d’âmes » (Eve de Castro - Éd. Albin Michel) Du lyrisme, de l’imagination, du suspense. Voici les ingrédients qui font de ce roman un livre qui vous tient en haleine. Qui vous entraîne dans la complexité et les abîmes de l’âme humaine, à travers ce double personnage qu’est Jacques, brillant chirurgien, à la vie réussie, qui bascule durant la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1994. Jacques que l’on retrouve, quelques siècles plus tôt, dans la peau d’un guerrier dit Jacques le Droit, tombé lui aussi, la même nuit mais en 1228, dans la damnation d’une passion amoureuse. Celle-ci a un nom : Eve. L’éternelle tentatrice. Qui revient là à travers les âges pour entraîner un homme jusqu’au bout de son destin. Extrait : « Je revois le ciel blanc du dimanche où tout à commencé. Un dimanche de carême, cette année 1212 où la femme que j’aimerai jusqu’à la fin des âges est entrée dans ma vie. J’étais Jacques, dit Jacques le Droit. Je portais haut mon nom, je croyais ce que je voyais et me méfiais du reste, je révérais Dieu et chérissais mon prochain, j’aimais rire, frapper, boire, prier. J’aimais songer aussi, après la bataille ou après le plaisir, songer à tout ce qui m’échappait, à ce qui dans ce monde se passait hors de moi, loin de moi, et que je ne pouvais ni saisir ni comprendre. » (312 pages) « Kafka et les jeunes filles » (Daniel Desmarquest - Éd. Pygmalion) « Devant la plupart des jeunes filles, je reste désemparé», disait Kafka. Presque coupable. De cette déchirure intime, qui a nourri son œuvre, est né son génie. C’est ce que démontre Daniel Desmarquest dans Kafka et les jeunes filles, l’essai qu’il consacre à la vie de l’auteur tchèque. Puisant dans le Journal et les Correspondances de Franz Kafka, l’essayiste met le doigt sur la plaie. Et nous prouve que les amours ratées étaient pour Kafka le douloureux tribut de l’écriture. Ne pouvant – ou ne voulant – concilier désir et sexualité, rêve et réalité, Kafka a souffert et fait souffrir avec lui, au fil des ans, Selma, Hedwig, Felice, Julie, Dora, ou encore la fameuse Miléna... Toutes l’ont inspiré, toutes l’ont fasciné et toutes ont alimenté – à leur corps défendant – son œuvre. Impressionnant. Extraits : « Kafka amoureux, et même s’il en souffre, ne déroge pas à la règle. Durant ces six semaines, leur intimité se borne à presque rien. Franz et Julie ne se tutoient même pas, et se contentent de petits mots glissés d’une chambre à l’autre. “ L’événement le plus important du séjour” : il retient “sa petite main ” dans la sienne “ plus longtemps que nécessaire ”. Sinon, à cette jeune fille “ très ignorante ”, il prête des livres. » (296 pages). « Allons voir plus loin, veux-tu ? » (Anny Duperey - Éd. Seuil) Que peuvent avoir en commun : Christine, la directrice cinquantenaire, libre et active, d’une agence de voyages ; Paul, un paysan hypersensible né dans une famille de brutes ; Solange, une guichetière grincheuse et révoltée de la SNCF, et Luc, un homme harassé par ses histoires de couple ? Rien en apparence, à part qu’Anny Duperey va les faire se rencontrer à un tournant de leur vie. Cette croisée des chemins va correspondre au moment où chacun est en train de prendre conscience de l’impasse où il s’était fourvoyé. Où dans une ultime tentative, inconsciente, il va essayer de sortir de ce mal-être dans lequel il s’enlise. Brossés avec sensibilité et compassion, ces quatre personnages nous touchent et finissent par nous entraîner dans leur révolution intime. Celle de la dernière chance. Une histoire d’espoir et de courage. Un roman tendre. Extrait : « Pour les premières questions, ils allèrent tout de suite à l’essentiel, et Christine osa poser la première : – Où en es-tu dans ta vie ? – J’étais en train de me détruire. Il avait parlé gravement. Une blessure, une souffrance, encore inconnue de Christine, avait percé dans sa voix. – Et toi ? Elle hésita une seconde et, le regardant de ses yeux les plus nus, elle répondit : – Je me préparais à devenir une vieille dame. Ni l’un ni l’autre ne se rendirent compte qu’ils parlaient déjà au passé. » (430 pages). Zéna ZALZAL
Des romans, rien que des romans, à part un petit guide de psychologie plein d’humour et un essai – à l’écriture néanmoins romanesque –, pour accompagner le repos de ces jours d’après fêtes... « Boris après l’amour » (Yann Queffélec - Éd. Fayard) Prix Goncourt en 1985 pour Noces barbares, Yann Queffélec est un romancier reconnu, qui a donc ses lecteurs. Ceux-là aimeront sans doute son dernier roman, au titre romanesque trompeur de Boris après l’amour. Pour ceux qui ne comptent pas parmi ses aficionados, s’abstenir. Car cette histoire de grande famille axée autour d’un héritage colossal et d’un enfant illégitime, né d’amours incestueuses, n’est – à notre humble avis, comme dirait Frédéric Beigbeder ! – pas le meilleur cru du romancier. Dans un style qui se veut désinvolte, donc émaillé...