La Corée du Nord est probablement déjà en possession de bombes atomiques et dispose du potentiel pour en fabriquer bien davantage, selon des experts. Si le régime stalinien de Pyongyang redémarre un petit réacteur nucléaire, arrêté conformément à un accord de 1994, il pourra sans problème fabriquer une douzaine de bombes atomiques avant la fin de l’année, estiment ces experts. Pire, s’il va de l’avant dans la poursuite d’un programme nucléaire plus ambitieux, gelé aux termes de cet accord de 1994, il disposera alors du potentiel pour fabriquer en série des dizaines de bombes chaque année d’ici à 2005, mettent-ils en garde. Compte tenu de son extrême pauvreté, la Corée du Nord serait alors tentée de vendre du matériel nucléaire ou des bombes atomiques à des États sans scrupule, voire à des groupes terroristes, selon ces experts. Ces analystes mettent toutefois un bémol à ce scénario d’apocalypse en soulignant que la Corée du Nord semble surtout s’être engagée dans une vaste opération de bluff à l’égard des États-Unis. Les services de renseignements américains, CIA en tête, pensent que Pyongyang possède déjà une ou deux bombes atomiques grâce à un stock de plutonium mis à l’écart avant le gel de son programme nucléaire en 1994. En redonnant vie à son réacteur de Yongbyon, la Corée du Nord pourrait retraiter de l’oxyde d’uranium en plutonium utilisable à des fins militaires. Elle possède suffisamment de stock pour fabriquer « plusieurs bombes », a affirmé en novembre la CIA dans un rapport. De même, le redémarrage de ce réacteur lui permettrait de produire à nouveau du plutonium. Mais plusieurs facteurs donnent toutefois une nouvelle dimension au problème. Le réacteur de Yongbyon est de taille modeste. Avec cinq mégawatts, il est soixante fois plus petit qu’une centrale nucléaire civile, et il faudrait une année entière pour produire le plutonium nécessaire à une seule bombe atomique, indique aussi la CIA. Yongbyon était sous surveillance internationale jusqu’au 21 décembre dernier, date à laquelle la Corée du Nord a retiré les scellés et les caméras installés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA) conformément à l’accord de 1994 signé par Pyongyang, Washington, Séoul et Tokyo. John Large, consultant nucléaire britannique indépendant, qui a conseillé la Russie pour récupérer l’épave du sous-marin nucléaire Koursk, souligne que les scientifiques nord-coréens devront respecter plusieurs étapes avant d’être en mesure de relancer le réacteur de Yongbyon. La Corée du Nord pourrait alors avant la fin de l’année être en mesure de fabriquer « cinq à sept » bombes nucléaires, selon David Albright, président d’un centre d’études et de recherches de Washington, l’Institut pour la science et la sécurité internationale (ISIS). Un arsenal d’une ou deux bombes atomiques pourrait être utilisé par désespoir ou revanche, mais cinq ou six de ces bombes donneraient à la Corée du Nord la confiance nécessaire pour une aventure militaire, estime cet expert. La Corée du Nord a lancé deux autres projets nucléaires avant 1994 qui n’ont toutefois pas été menés à terme : un programme d’enrichissement nucléaire et deux réacteurs pour produire du plutonium (un second à Yongbyon et un autre plus important à Taechon). « S’ils vont de l’avant avec ces deux programmes, ils auront alors une capacité incroyable pour fabriquer des armes nucléaires, soit 40 ou 50 bombes par an. D’ici à plusieurs années ils en auront tant qu’ils pourront peut-être les vendre », estime M. Albright. Gary Samore, ancien responsable au sein de l’Administration de l’ex-président Bill Clinton et expert auprès de l’Institut international pour les études stratégiques (IISS) de Londres, partage ce point de vue. « À partir du moment où ils diposeront d’un surplus (d’armes), cela leur permettra de commencer à vendre du matériel fissile de la même manière qu’ils vendent déjà des missiles. Nous savons qu’il y a un marché pour cela, nous savons qu’il y a des gens prêts à payer cash pour cela », estime cet expert. « D’un autre côté, les Nord-Coréens doivent aussi savoir à quoi ils s’exposent », s’ils exportent de telles armes, souligne M. Samore. Les experts sont unanimes pour souligner que la Corée du Nord a œuvré pour miniaturiser une tête nucléaire susceptible d’être transportée par un missile, mais ils divergent sur le fait de savoir si elle y est parvenue. Les missiles déjà testés par Pyongyang sont « certainement assez gros pour transporter des armes nucléaires de première génération, mais savoir si la Corée du Nord a la capacité de fabriquer des armes suffisamment petites et légères est certainement beaucoup plus difficile pour un observateur étranger », estime encore M. Samore. En revanche, pour M. Albright, la Corée du Nord peut déjà placer une tête nucléaire sur un missile de type Scud capable d’atteindre des villes japonaises et de déclencher sur elles un feu nucléaire d’une puissance de 10 kilotonnes, soit l’équivalent du cataclysme d’Hiroshima en août 1945.
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