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La marge de manœuvre de Sharon se réduit, même en cas de victoireLe scandale dans lequel le Premier ministre israélien Ariel Sharon se débat lui a d’ores et déjà coûté le triomphe électoral que lui prédisaient les sondages il y a un mois, et, même s’il l’emporte le 28 janvier, sa marge de manœuvre pour former un gouvernement sera terriblement réduite, estimaient hier les analystes. « Je dirais que les élections sont maintenant indécises », a déclaré Gadi Wolfsfeld, professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, au lendemain d’une conférence de presse convoquée par M. Sharon pour tenter de stopper la dégringolade de son parti, le Likoud, dans les sondages en raison d’accusations de corruption. Dans la foulée de la dissolution de la Knesset, début novembre, et jusqu’au mois dernier, un raz-de-marée du Likoud était considéré comme une certitude, les sondages lui prédisant même plus de 40 sièges sur 120, contre 19 dans la chambre sortante. Or, le sondage le plus récent, réalisé avant la conférence de presse de M. Sharon, ne lui en donnait plus hier que 28. Quatre sondages publiés la veille donnaient des résultats similaires. Dans le système électoral israélien, qui repose sur la proportionnelle intégrale, le nombre de sièges reflète exactement le nombre de suffrages. En un mois, le Likoud a donc perdu le soutien d’au moins un quart des électeurs qui se disaient prêts à voter pour lui début décembre. Et cette chute libre s’est accélérée depuis la révélation par le quotidien Haaretz de l’octroi à M. Sharon d’un prêt de 1,5 million de dollars par un de ses vieux amis, un homme d’affaires britannique résidant en Afrique du Sud. Ce scandale a éclaté quelques semaines après une sordide affaire d’achat de voix lors de l’élection par les 3 000 membres du Comité central du Likoud de la liste des candidats du parti pour les élections du 28 janvier. C’est pour stopper cette hémorragie de voix que M. Sharon avait décidé de s’adresser à ses compatriotes jeudi soir, à l’heure de plus grande écoute. Mais les Israéliens n’ont même pas pu entendre son plaidoyer dans sa totalité, le président de la commission centrale des élections ayant ordonné aux radios et aux télévisions de mettre fin à la retransmission, en estimant que les propos de M. Sharon constituaient de la propagande électorale. Le professeur Asher Arian, de l’Université de Haïfa, estime que le Likoud a sans doute touché le fond et ne descendra pas beaucoup plus bas. Il conserve donc de bonnes chances de devenir le premier parti de la prochaine Knesset. Mais pour M. Sharon, le mal est déjà fait, explique-t-il, car « tout Premier ministre qui essaie de gouverner avec seulement 20 % de la Knesset a déjà perdu les élections. Même s’il gagne, il lui sera presque impossible de former une coalition ». « La véritable mesure de la victoire», souligne-t-il, est «la facilité à former une coalition ». M. Sharon a assuré que son objectif était de reconstituer le gouvernement d’unité nationale avec les travaillistes qu’il a dirigé de mars 2001 à octobre dernier. Mais le nouveau chef du Parti travailliste, Amram Mitzna, dit y être opposé. Tout aussi inquiétant pour M. Sharon est le fait qu’il n’est même plus certain, à en croire les sondages, de pouvoir former une majorité de plus de 60 sièges avec l’extrême droite et les formations religieuses. M. Sharon ne souhaite certes pas mettre sur pied une telle coalition, au sein de laquelle il serait l’otage de l’extrême droite et qui risquerait de déclencher une crise avec les États-Unis. Mais il est important qu’il ait une alternative à un gouvernement d’union nationale, ne serait-ce que pour faire pression sur les travaillistes. Même s’il l’emporte le 28 janvier, M. Sharon sera donc confronté à un véritable casse-tête. À tel point que MM. Arian et Wolfsfeld avancent tous deux l’hypothèse d’un retour à une formule de rotation à la tête du gouvernement, comme après les élections de 1984, lorsque les travaillistes et le Likoud, que les urnes n’avaient pu départager, s’étaient répartis à l’avance le pouvoir : deux ans pour les uns, puis deux ans pour les autres.
La marge de manœuvre de Sharon se réduit, même en cas de victoireLe scandale dans lequel le Premier ministre israélien Ariel Sharon se débat lui a d’ores et déjà coûté le triomphe électoral que lui prédisaient les sondages il y a un mois, et, même s’il l’emporte le 28 janvier, sa marge de manœuvre pour former un gouvernement sera terriblement réduite, estimaient hier les analystes. « Je dirais que les élections sont maintenant indécises », a déclaré Gadi Wolfsfeld, professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, au lendemain d’une conférence de presse convoquée par M. Sharon pour tenter de stopper la dégringolade de son parti, le Likoud, dans les sondages en raison d’accusations de corruption. Dans la foulée de la dissolution de la Knesset, début novembre, et jusqu’au...