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IMPRESSION Mages cathodiques

Demain l’Épiphanie : manifestation divine. Un jour, paraît-il, un signe vous est donné de la présence de Dieu. Il y a deux mille et trois ans, les signes ne parvenaient encore que des grands objets naturels. L’humanité se contentait d’observer l’univers. Et quel signe plus éclatant, au milieu du cosmos, par définition la stabilité même, que le déplacement mystérieux d’une étoile. D’abord parce qu’il est bien bref, le parcours d’une étoile qui file : à peine l’a-t-on vue passer qu’elle s’éclipse, farouche. Mais qu’elle se mette en tête de vous montrer Dieu, elle vous joue le grand voyage et vous ne pouvez qu’embarquer. Ainsi en fut-il de trois rois d’Orient, mages par la manie qu’ils avaient d’observer le ciel, gouvernant leur part de terre sous la dictée des mouvements sidéraux. Sans doute avaient-ils compris, à force, que cette poignée de lucioles, jetée au hasard et une fois pour toutes sur l’immensité nocturne, n’avait pas plus de sagesse qu’un jeu d’osselets dispersé sur le sable. Et dans leur désarroi, une étoile volontaire leur était apparue, et dans leur désarroi ils avaient accepté de la voir. Pourquoi eux ? Parce qu’ils ont compris la vacuité du ciel, et qu’ils l’ont trouvée insupportable. Pourquoi eux? Parce qu’ils étaient prêts à voir ce qui était pourtant visible de tous, et prêts à payer de leur personne leur refus du néant. L’histoire des mages est au fond l’histoire du consentement qui succède au doute. Une fois ce « oui » lâché, avec ce mouvement de la tête et du corps qui salue l’apparition du sens, il n’y a plus qu’à se mettre en marche, comme un élu vers son initiation. On a longtemps disserté sur l’aspect orphique de ce voyage, si long qu’il était suicidaire de s’y retourner. Avec son tracé nocturne : où aller, de jour, quand l’étoile ne montrait plus le chemin ? Est-ce un hasard que cette célébration chrétienne ait été retenue par les francs-maçons comme une fête idéale de la quête récompensée ? Au bout du voyage, un enfant. Conçu par des voies mystérieuses que l’on dit sans pêché. Sans l’héritage du pêché originel. Un enfant quasiment sans patrimoine génétique : un enfant Dieu, et par lui, le sens de la vie renouvelé. La tentation était trop forte, en ces temps de dérive scientifique, de vulgariser par le clonage le mystère de cette conception. Vous en avez fait des cauchemars, Raël l’a fait. Raël, il n’a pas vu d’étoile. Il a vu une soucoupe volante et depuis la soucoupe il lui fut indiqué de touiller le bouillon biologique pour fabriquer de l’humain en serre. Ainsi le premier enfant cloné sera présenté au monde, non pas dans une crèche, mais dans toutes les chaumières, à la lumière cathodique des postes de télévision. Il vous sera présenté à l’Épiphanie, non pas comme un dieu, mais comme porteur d’un pouvoir déifiant, comme le signe de ce que vous pourrez désormais faire vous-même: vous reproduire sans l’aide d’un prochain, sans mélanger vos gênes, vous aimant tout seul, Narcisse ébloui, comme un fou, comme un roi, comme une star de cinéma… ou comme une paramécie. Vous y songerez, autour de la galette. Désormais, une seule couronne suffit. Fifi ABOUDIB
Demain l’Épiphanie : manifestation divine. Un jour, paraît-il, un signe vous est donné de la présence de Dieu. Il y a deux mille et trois ans, les signes ne parvenaient encore que des grands objets naturels. L’humanité se contentait d’observer l’univers. Et quel signe plus éclatant, au milieu du cosmos, par définition la stabilité même, que le déplacement mystérieux d’une étoile. D’abord parce qu’il est bien bref, le parcours d’une étoile qui file : à peine l’a-t-on vue passer qu’elle s’éclipse, farouche. Mais qu’elle se mette en tête de vous montrer Dieu, elle vous joue le grand voyage et vous ne pouvez qu’embarquer. Ainsi en fut-il de trois rois d’Orient, mages par la manie qu’ils avaient d’observer le ciel, gouvernant leur part de terre sous la dictée des mouvements sidéraux. Sans...