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Son nom est Kemp, Percy Kemp

His name is Kemp, Percy Kemp, et il travaille au service secret de Sa Gracieuse Majesté l’écriture.’est par une journée de grosse pluie que le rendez-vous est pris. Percy Kemp est de passage dans la capitale pour les fêtes ; l’occasion est trop belle. « Merci de vous être déplacée par ce temps », précise le charmant monsieur. La courtoisie est de mise, le personnage surprenant. « Mr » Percy Kemp, cette particule presque élémentaire mon cher Watson est même précisée sur sa carte de visite. Non pas que le gentleman se flatte d’en être un, mais il nous explique : « Comme il y a de nos jours plus d’écrivains que de lecteurs et plus de Dr que de M., la fausse modestie s’impose. » Le mystère reste entier. Alors l’écrivain se met à parler, à raconter ses vies, et comme lorsqu’il se laisse lire, il se laisse écouter et on se laisse faire… Monsieur Percy Kemp a d’abord été officiellement historien, diplômé de l’École des lettres de Beyrouth puis de la Sorbonne et de l’Université d’Oxford. Officieusement, il pourrait être un espion, guettant des sensations fortes qu’il saisit rapidement et transforme en sujet de roman. « Mon inspiration vient toujours d’une sensation, pas d’une idée. » Après avoir consacré cinq ans à l’écriture de sa thèse sur la ville de Mossoul au XVIIIe siècle, intitulée Territoires d’islam et parue aux Éditions Sindbad, il publie avec son professeur, André Miquel, dont il fut l’assistant au Collège de France, la belle histoire de Majnùn et Leila : L’amour fou parue en 1984 aux mêmes éditions. « J’ai ensuite bifurqué vers le travail dans le secteur privé, l’envie d’être plus actif sans doute et de faire autre chose. » Il fonde une société de consultants, Middle Est Tactical Studies, qui s’occupe d’évaluer pour le compte de sociétés étrangères le risque politique et commercial dans des pays peu stables. « Trop de gens font de la stratégie, on ferait mieux de faire de la tactique », souligne-t-il en tirant sur sa « Craven A » suspendue au bout d’un fume-cigarette très classe. Signe du temps ou conclusion illogique, le voilà donc en 1999 repris par le démon de l’écriture, entamant discrètement une nouvelle vie qui le fait quitter la rigueur quasi scientifique du chercheur pour rejoindre la liberté de la fiction. « Ce n’était pas évident pour moi qui a toujours vécu une relation d’exactitude avec l’écriture, avoue-t-il à voix basse, stimulé par un devoir de scientificité en tant qu’historien et en tant que consultant. » Monsieur Ka « Mossieur » Kemp est, même s’il ne l’avoue jamais clairement, un peu M. Emme, le personnage de son premier roman Musc qui obtint, c’est drôlement parfumé, le prix Guerlain. Un peu Moore le Maure, le monsieur M de son second roman, ou encore Harry Boone, agent double ou triple, un faux jumeau. Pourtant, à le voir comme cela, sagement installé près du sapin de Noël, Mr. Ka n’a apparemment rien d’un espion. Il cache bien son jeu en montrant ses différents visages sur les photos qui accompagnent ses livres. Aujourd’hui, les lunettes noires ont cédé la place à de sages lunettes rondes, les gants en cuir sont soigneusement rangés dans un tiroir, à Paris ou à Londres où il réside. C’est un monsieur K somme toute très classique qui, tel le héros de son premier roman, apparaît comme « un homme élégant, un homme d’habitude. » Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre ? Drôle surtout et plein d’humour – anglais, of course. Ce monsieur Kemp est tout de même né au Liban ; élève des jésuites jusqu’en troisième, il en est poliment chassé. Sur son carnet, on lira : « Pour s’épanouir, ferait mieux de changer de cadre. » Ce qu’il fit. Trois écoles plus tard, « j’étais plus intéressé par la moto que par les études », il abandonne les histoires pour l’Histoire. La suite de l’histoire, la sienne, on la connaît un peu mieux maintenant. Il raconte, pour le plaisir : « Je n’ai pas décidé d’écrire un premier roman ; je voulais juste écrire une petite nouvelle de cinq pages, sur un monsieur qui avait perdu son parfum et qui allait peut-être se tuer. Oui mais avant de se tuer, il avait beaucoup de choses à faire. » Ce qui en fit un roman de 186 pages. « “ Musc ” a été inspiré par la sensation de perte que j’ai éprouvée une fois en achetant des gommes au fruit que je mangeais lorsque j’étais enfant. L’emballage et le nom étaient les mêmes mais le goût avait changé. Pour “ Moore le Maure ”, c’était une sensation de déréalisation, l’omniprésence de la technique dans notre vie moderne et son impact sur nos sensations physiques. Avec “ Le système Boone ”, je suis parti d’une sensation d’impuissance, celle de ne plus être maître de son destin mais de dépendre de quelqu’un qui est élu et mal élu et qui ne nous connaît même pas. » Le tout teinté d’humour, une liberté qui, comme il le dit, « permet d’être quelque part, mais aussi juste à côté pour pouvoir se regarder fonctionner. » M. Kemp continue de parler à voix très basse, sans quitter des yeux le vide, juste à côté. La pièce est à présent noyée dans un épais brouillard qui lui donne un faux air british. « Qui ne fait rien ne risque rien », conclut enfin le gentleman avant de se taire, nous laissant avec une sensation de pas assez. Carla HENOUD
His name is Kemp, Percy Kemp, et il travaille au service secret de Sa Gracieuse Majesté l’écriture.’est par une journée de grosse pluie que le rendez-vous est pris. Percy Kemp est de passage dans la capitale pour les fêtes ; l’occasion est trop belle. « Merci de vous être déplacée par ce temps », précise le charmant monsieur. La courtoisie est de mise, le personnage surprenant. « Mr » Percy Kemp, cette particule presque élémentaire mon cher Watson est même précisée sur sa carte de visite. Non pas que le gentleman se flatte d’en être un, mais il nous explique : « Comme il y a de nos jours plus d’écrivains que de lecteurs et plus de Dr que de M., la fausse modestie s’impose. » Le mystère reste entier. Alors l’écrivain se met à parler, à raconter ses vies, et comme lorsqu’il se laisse lire, il se...