Réunis en Thaïlande pour accélérer leur intégration économique, les pays du Sud-Est asiatique (Asean) ont accompli quelques progrès mais des doutes subsistent quant à la volonté de créer une véritable zone de libre-échange dans la région. Les dix ministres du Commerce de l’Asean ont discuté âprement le week-end dernier à Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, des préparatifs de la Zone régionale de libre-échange (AFTA) qui doit entrer en vigueur en 2003. Au-delà, il s’agissait de débattre de coopération régionale, de compétitivité et d’ouverture des marchés. Certes, les dix nations de l’Asean ont conclu vendredi dernier un «partenariat économique renforcé» avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ouvre la voie à l’intégration de ces dernières dans l’AFTA. Mais certains pays de l’Asean – comme la Malaisie et l’Indonésie – n’ont pas paru très pressés de voir l’AFTA s’élargir au pays du Pacifique pour donner naissance à une fusion à leurs yeux «prématurée». D’autant plus prématurée que l’AFTA elle-même tarde à se concrétiser. En principe, les pays les plus développés de l’Asean (Brunei, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande) se sont mis déjà d’accord sur le principe de supprimer ou réduire drastiquement les barrières douanières sur la plupart des produits dès 2002. Les membres les plus récents de l’Asean (Cambodge, Laos, Birmanie et Vietnam) disposeront, eux, de davantage de temps. Toutefois, la crise financière de 1997-98 a conduit certains pays de la région à chercher à obtenir un délai pour la réduction des tarifs douaniers dans des secteurs spécifiques. Ainsi, les progrès de l’AFTA achoppent sur la question des tarifs des importations automobiles, la Malaisie souhaitant protéger sa marque nationale Proton jusqu’en 2005. «Ce n’est pas seulement une question de dollars et de cents. Il y a aussi une dimension sociale en jeu», a plaidé un responsable malaisien en arguant que des milliers d’emplois pourraient pâtir d’une concurrence étrangère «prématurée». Un mécanisme de compensation pour les pays affectés par la revendication malaisienne – notamment la Thaïlande (grande assembleuse d’automobiles) – ou d’autres demandes ultérieures du même type, a donc été élaboré et approuvé à Chiang Mai. Ce «protocole», qui sera signé le mois prochain, prévoit qu’un État pourra retarder la libéralisation des secteurs qui ne sont pas prêts à affronter la concurrence. En échange, l’État le plus pénalisé sera en principe rapidement compensé. Le bon fonctionnement du système de compensation suscite déjà des doutes. Mais les investisseurs étrangers craignent surtout que des pays de la région n’usent de ce précédent pour échapper aux obligations de l’AFTA. Les responsables régionaux de Ford, ChryslerDaimler et General Motors ont estimé que l’intervention malaisienne pourrait entraver leurs projets d’investissements dans la région. Ils y ont investi 1,6 milliard de dollars ces cinq dernières années. Plusieurs commentateurs enterrent même d’ores et déjà l’AFTA, à la grande irritation des dirigeants de l’Asean. «Je ne comprends pas pourquoi on s’interroge toujours sur la volonté de créer l’AFTA quand nous sommes presque arrivés», a rétorqué le secrétaire général de l’Asean, Rodolfo Severino.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Réunis en Thaïlande pour accélérer leur intégration économique, les pays du Sud-Est asiatique (Asean) ont accompli quelques progrès mais des doutes subsistent quant à la volonté de créer une véritable zone de libre-échange dans la région. Les dix ministres du Commerce de l’Asean ont discuté âprement le week-end dernier à Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, des préparatifs de la Zone régionale de libre-échange (AFTA) qui doit entrer en vigueur en 2003. Au-delà, il s’agissait de débattre de coopération régionale, de compétitivité et d’ouverture des marchés. Certes, les dix nations de l’Asean ont conclu vendredi dernier un «partenariat économique renforcé» avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ouvre la voie à l’intégration de ces dernières dans l’AFTA. Mais certains pays de...