À peine investi par le Parlement, Vojislav Kostunica, le nouveau président de la République fédérale de Yougoslavie (RFY), s’est trouvé confronté dimanche à une série de problèmes cruciaux hérités du long règne de son prédécesseur détrôné, Slobodan Milosevic. De fait, dans ses premières déclarations, le nouveau président yougoslave a clairement affiché sa volonté de normaliser après huit ans d’isolement les relations de la RFY avec le monde, ainsi que la situation à l’intérieur du pays. M. Kostunica a également proclamé lors de son investiture samedi soir à la présidence de la Yougoslavie sa volonté de construire une «société démocratique». Les responsables du Monténégro qui, faute d’une plus grande autonomie, menacent toujours de déclarer son indépendance, ainsi que des dirigeants albanais du Kosovo, province où les Serbes sont désormais minoritaires, lui ont sèchement rappelé que son accession à la magistrature suprême à Belgrade, en lieu et place de Milosevic, ne changeait pas grand-chose pour eux. Sur le plan économique, les proches de M. Kostunica ont dressé un tableau très sombre de l’état du pays et lancé un véritable SOS pour une aide financière massive et urgente. Seule une chute du deutschemark, la monnaie de référence en RFY, qui devrait améliorer à terme le pouvoir d’achat de la population et juguler l’inflation, est venue apporter une note d’espoir pour ceux dont les revenus sont réglés en dinars. Sur le plan macro-économique, la Yougoslavie de Vojislav Kostunica espère qu’une aide financière occidentale, estimée par des économistes qui lui sont proches à 500 millions de dollars pour la première année, sera fournie dans les meilleurs délais. Pour l’économiste Mladjan Dinkic, «si les sanctions ne sont pas levées immédiatement et si une aide urgente n’est pas prodiguée, le nouveau gouvernement yougoslave sera bloqué. Milosevic a ruiné l’économie, le déficit budgétaire de la Serbie s’élève à un milliard de dollars». À ces difficultés, il convient d’ajouter, au niveau de la Fédération, la persistance de la volonté de séparation du Monténégro et des Albanais du Kosovo. Milo Djukanovic, président du Monténégro, n’était pas présent à la prestation de serment de M. Kostunica, déniant à celui-ci, qu’il appelle «représentant de la majorité démocratique de Serbie», le droit de se prévaloir du titre de président fédéral. Un des principaux leaders politiques albanais a estimé pour sa part que Vojislav Kostunica devait reconnaître l’indépendance du Kosovo. « La tâche des tâches »… «La normalisation des relations de la Yougoslavie avec la communauté internationale, ainsi qu’entre la Serbie et le Monténégro (les deux composantes de la fédération yougoslave), sont mes priorités», a affirmé M. Kostunica lors de sa première interview depuis sa prestation de serment. M. Kostunica a indiqué qu’il était «pris de court» par «la vague de rétablissement des relations de la communauté internationale avec la Yougoslavie, les nombreuses visites de diplomates européens, ce qui relègue au second plan ce qui devrait être au premier» (les relations entre la Serbie et le Monténégro). En réalité, «la réconciliation entre la Serbie et le Monténégro est la tâche des tâches», a estimé le président. Les relations entre les deux républiques se sont dégradées après l’arrivée au pouvoir au Monténégro de Milo Djukanovic, un réformateur soutenu par l’Occident et hostile à la politique de l’ex-président Slobodan Milosevic. S’adressant aux députés et aux invités, parmi lesquels les ministres des Affaires étrangères grec, Georges Papandréou, et norvégien, Thorbjoern Jagland, M. Kostunica a déclaré : «Mes convictions politiques ont toujours été que sans une voie démocratique il n’y a pas de bonheur et de progrès». Sur le plan intérieur, «il est important que le pouvoir et l’opposition apprennent à se respecter et acceptent que l’on puisse gagner ou perdre des élections», a dit M. Kostunica. Certains députés alliés à M. Milosevic ont applaudi M. Kostunica lors de son investiture. De même, un ami de l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, Zivadin Jovanovic, ministre yougoslave des Affaires étrangères du gouvernement sortant, l’a félicité et lui «a souhaité beaucoup de succès dans l’exercice de cette fonction dans l’intérêt de la paix, la compréhension et la coopération». Autre signe positif, le chef de l’état-major de l’armée yougoslave, le général Nebojsa Pavkovic, a adressé dimanche un message de félicitations, au nom de l’armée et en son nom personnel, à M. Kostunica. «Nous sommes convaincus que vous entreprendrez tout ce qui est en votre pouvoir pour stabiliser la situation dans le pays et le réintégrer au monde», a déclaré le général. Très vite, de premiers résultats sont apparus. Tous les dirigeants européens et occidentaux annoncent la fin de l’embargo frappant la RFY et la reconstruction du pays. Un flot ininterrompu de télégrammes de félicitations est parvenu ces deux derniers jours au nouveau président. Ainsi, le haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne (UE), Javier Solana, rend hommage dans son message «au courage et à la détermination du peuple serbe». «Je pense que dans le monde, l’Europe en particulier, (...) l’on détecte dans les déclarations de nombreux pays qui ont été injustes envers la RFY et son peuple, un certain remords», a estimé M. Kostunica. La formation d’un gouvernement est la prochaine tâche qui attend le nouveau dirigeant serbe.
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