Le spectre d’une situation chaotique en Côte d’Ivoire, qui connaît une vive recrudescence des tensions avant l’élection présidentielle du 22 octobre, suscite de fortes inquiétudes en France. Officiellement, le gouvernement français a adopté depuis deux semaines une attitude très réservée, en se gardant de commenter la montée des violences et en ne se prononçant plus sur le débat intérieur ivoirien qui tourne autour d’une question essentielle : la candidature de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara à la présidentielle sera-t-elle validée par la Chambre constitutionnelle de la cour suprême ? De précédentes déclarations du ministre français délégué à la Coopération, Charles Josselin, contre «l’exclusion artificielle» de candidats et contre la candidature du chef de la junte, le général Robert Gueï, qui avaient eu beaucoup d’écho à Abidjan, ne sont plus de mise. M. Josselin a seulement souhaité, le 27 septembre, que l’ancienne colonie française, qui, depuis les indépendances, arrime les autres pays d’Afrique de l’Ouest à la stabilité politique, «sorte assez vite» de la crise. La France est cependant «inquiète», comme l’a récemment exprimé le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, elle déconseille à ses ressortissants de se rendre en Côte d’Ivoire et les milieux patronaux se disent préoccupés. Mais Paris ne veut manifestement pas attiser le feu dans le contexte explosif actuel. En veine d’euphémismes, les responsables français de la Défense présentent même comme un «exercice de routine» le renforcement de la présence militaire française, notamment par l’envoi de renforts de soldats et d’un navire de transport de troupes au large des côtes. De fait, la France qui, officiellement, ne veut plus intervenir dans l’ancien «précarré» en envoyant des légionnaires, semble avoir du mal à redéfinir une nouvelle politique vis-à-vis des anciennes colonies en proie à des situations de «préguerre civile». «J’espère que la France mène actuellement une initiative secrète, qu’elle n’est pas paralysée», note un journaliste ivoirien. Alassane Ouattara, dont la candidature pose problème au général Gueï, lui-même candidat, est de plus en plus soutenu par Washington. Le département d’État a volé à sa rescousse en accusant publiquement la junte d’avoir trafiqué un document portant sur son ascendance ivoirienne. Après l’annonce de l’état d’urgence, Washington a critiqué mercredi la «tentative d’intimidation de l’opposition» par la junte. Les pays africains, notamment les deux «géants» anglophones, Afrique du Sud et Nigeria, les relais traditionnels des États-Unis sur le continent, ont tenté une médiation qui, en substance, demandait au général Gueï d’abandonner le pouvoir s’il voulait être candidat. Une initiative peu appréciée par Paris. L’hypothèse la plus vraisemblable semble être le rejet de la candidature d’Alassane Ouattara, le 7 octobre. Ce rejet, note un observateur, ne devrait pas entraîner une forte réaction dans la classe politique, à l’exception du camp Ouattara. Selon lui, Paris tenterait de convaincre l’ancien Premier ministre et le chef de la junte de cesser cette «surenchère à la guerre civile et de poser la balle à terre» dans la perspective d’un partage du pouvoir, après la présidentielle. L’ancien chef d’état-major de l’armée française, le général Jeannou Lacaze, qui avait aidé, sans grand succès, le maréchal Mobutu du Zaïre, s’est rendu auprès du général Gueï. Une mission non officielle, précise-t-on à Paris.
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