L’image d’Israël sur la scène internationale, dont l’amélioration avait été l’un des grands succès d’Ehud Barak depuis son arrivée au pouvoir, ainsi que celle du Premier ministre lui-même, figurent déjà au rang des victimes des émeutes sanglantes dans les Territoires. Les scènes, diffusées par les télévisions du monde entier, montrant de jeunes manifestants affrontant avec des pierres des soldats armés de fusils automatiques ont de nouveau placé l’État juif sur la défensive et suscité un courant de sympathie pour les Palestiniens. En particulier, les images de la mort tragique, samedi à Gaza, du petit Mohammed Jamal al-Dourra, 12 ans, dans les bras de son père, ont constitué pour Israël un véritable désastre diplomatique. «Ce n’est pas un secret qu’Israël a un problème d’image, moins à cause des affrontements eux-mêmes qu’à cause des images transmises dans le monde entier», a déclaré un responsable israélien qui a requis l’anonymat. «Bien que nous soyons dans le vrai, il est très difficile pour nous d’expliquer, de concurrencer les images», a-t-il dit, se plaignant qu’il y ait «une démonisation» d’Israël. L’État juif, explique-t-il, «souffre du syndrome» de Tom et Jerry, du nom des personnages (un chat et une souris espiègle) du fameux dessin animé. «La souris joue tous ces horribles tours au chat, mais vos sympathies vont à la souris, parce que dans la vie, les chats mangent les souris». Pendant les trois années de pouvoir de Benjamin Netanyahu, de 1996 à 1999, Israël s’était mis à dos la plus grande partie de la communauté internationale, y compris certains de ses alliés, et la position des Palestiniens s’en était trouvée rehaussée d’autant. Mais dès son arrivée aux affaires, en juillet 1999, M. Barak s’était employé à remédier à cette situation. Le changement avait été particulièrement visible après l’échec en juillet du sommet de Camp David, durant lequel M. Barak avait accepté de discuter de sujets jusque-là tabous pour Israël, comme la division de facto de Jérusalem. Dans les semaines qui suivirent, il avait réussi à présenter M. Arafat comme le responsable de l’échec du sommet. Depuis lors, «il n’y avait aucune indication d’un soutien international pour (les) positions» de M. Arafat, affirme Mark Heller, expert au Centre Jaffee pour les Études stratégiques de l’université de Tel-Aviv. Mais «tout cela est en train de changer rapidement», poursuit-il, estimant qu’il y a «une sorte de retour à l’image qui avait prévalu pendant longtemps, en vertu de laquelle les Palestiniens sont les faibles». Les réactions dans le monde aux émeutes sont là pour attester de ce phénomène. L’Union européenne, qui manifestait une position plus équilibrée vis-à-vis du conflit israélo-palestinien depuis l’arrivée au pouvoir de M. Barak, a ainsi attribué ces affrontements à une «provocation», une allusion claire à la visite du leader de la droite israélienne, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des mosquées de Jérusalem, le troisième Lieu saint de l’islam. Même le département d’État, pourtant peu suspect d’hostilité à l’égard d’Israël, a laissé entendre que la flambée de violence était due aux «tensions» créées par la visite de M. Sharon. On est loin de la position israélienne – réitérée hier à Paris par M. Barak –, selon laquelle M. Arafat et l’Autorité palestinienne sont «responsables du déclenchement de cette vague de violences». Si M. Sharon est la cible principale des critiques, M. Barak n’est pas sorti indemne de cette crise en raison de ce que la communauté internationale considère comme le caractère excessif de la riposte israélienne. «C’est inévitablement ce qui se produit en cas de confrontation en raison du rapport de forces déséquilibré entre Israël et les Palestiniens», explique M. Heller. «Indépendamment de savoir qui est responsable, Israël ressemble à Goliath et les Palestiniens à David», résume-t-il.
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