Un film contre la mafia est présenté en avant-première à Corleone, fief historique de Cosa Nostra. L’opération, pour symbolique qu’elle soit, s’ajoute à plusieurs récentes manifestations visant à briser l’image mafieuse qui colle au dos de cette petite ville sicilienne. La projection de Placido Rizzotto, film du réalisateur sicilien Pasquale Scimeca retraçant l’histoire véridique d’un syndicaliste assassiné en 1948 par la mafia, a rassemblé à la fin de la semaine dernière quelque 200 personnes dans la grande salle du cinéma de Corleone. Parmi elles, des membres de la famille du syndicaliste, les acteurs du film, les représentants des autorités locales et de la commission nationale antimafia. «En 1992, avant l’arrestation de Toto Riina (le chef suprême de la mafia, capturé en janvier 1993) une soirée de ce type aurait été impensable», a déclaré à la presse le maire de Corleone, Giuseppe Cipriani. «Et même jusqu’en 1995», ajoute-t-il après réflexion. À l’époque, Leoluca Bagarella n’était pas encore derrière les barreaux. «Et celui-là, c’était un type sanguinaire qui tuait pour un oui ou pour un non». L’histoire «emblématique» de Placido Rizzotto, autour de laquelle gravite les noms des figures historiques – parrains ou adversaires – de la mafia comme le boss corléonais Luciano Liggio ou le capitaine des carabiniers Alberto Dalla Chiesa, a replongé Corleone dans son passé. La nouveauté «Ils existent, les Siciliens qui ne plient pas l’échine devant la mafia», déclarait, visiblement ému, le capitaine des carabiniers de Palerme à l’issue de la projection. «J’ai pris un coup de poing dans l’estomac», confiait Maria Maniscalco, maire de San Giuseppe Iato, autre terre mafieuse dans les environs de Palerme. «Que la mafia soit présente à Corleone, ce n’est pas une nouveauté. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que ses opposants y soient majoritaires». Résolument optimiste, le chef de la commission antimafia Giuseppe Lumia en veut pour preuve les récentes initiatives organisées à Corleone. Le 3 septembre dernier, la ville a ainsi commémoré l’assassinat du général Alberto Dalla Chiesa, l’homme qui avait arrêté les assassins de Rizzotto et qui fut tué en 1982 dans les rues de Palerme. «Une marée de personnes ont assisté à la cérémonie et ont écouté la fanfare des carabiniers. Songez que dans la mentalité sicilienne, il n’y a pas pire ennemi que le carabinier», souligne M. Lumia. En 1999, les autorités ont confisqué une villa appartenant à Toto Riina et l’ont transformée en établissement scolaire. «Faire entrer l’école chez Riina... C’est l’humiliation suprême pour un mafieux», sourit M. Lumia. Au-delà des opérations symboliques et des déclarations d’intention, les responsables de l’antimafia ont souligné l’importance de «frapper la mafia au portefeuille» et d’appliquer la loi sur la confiscation des biens. Mais, selon un récent rapport de la Garde des Finances, le délai moyen entre l’ordre de confiscation et la saisie effective par l’État du patrimoine mafieux est de... onze ans. Et sur 250 milliards de lires de patrimoine immobilier, seuls 15 % ont été réaffectés à un usage public, toujours selon ce rapport. Enfin et surtout, de l’aveu même de Giuseppe Lumia, la crédibilité de la lutte antimafia repose sur l’arrestation de Bernardo Provenzano, Corléonais considéré comme le chef suprême de Cosa Nostra depuis l’arrestation de Riina. Provenzano, qui selon toute probabilité se cache en Sicile, est en cavale depuis plus de trente ans.
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