Une enquête sur les responsabilités des pouvoirs publics britanniques dans la propagation de la maladie de la vache folle devait être rendue hier, suscitant la nervosité de la classe politique et l’espoir des parents des victimes de l’épidémie. La commission d’enquête présidée par Lord Phillips, l’un des plus éminents juristes du pays, devait remettre à l’actuel gouvernement travailliste le fruit de trois ans de recherche, hier lundi à 16h00 GMT. Ce rapport en seize volumes ne sera pas publié avant la fin octobre, mais ses auteurs ont déjà prévenu qu’ils épinglaient certains responsables scientifiques ou politiques dont ils ont jugé la gestion de la crise inappropriée. La Grande-Bretagne a été le pays au monde le plus touché par la maladie de la vache folle, ou encéphalopathie spongiforme bovine (BSE), qui peut susciter chez l’homme en cas de consommation de viande contaminée l’apparition d’une maladie incurable, la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jacob (MCJ). Soixante-quinze personnes sont décédées à ce jour, et sept autres, encore vivantes, présentent toutes les symptômes de la maladie, dont la perte d’équilibre et de profonds troubles de la personnalité. Les avis scientifiques divergent sur l’ampleur à venir de l’épidémie, mais une récente fourchette établie par une équipe de spécialistes de l’université d’Oxford évoquait «entre 63 et 136 000 cas» dans les quarante ans à venir. La commission d’enquête a recueilli les témoignages de plus d’un millier de personnes pour déterminer s’il y a eu manquement de la part des pouvoirs publics entre l’apparition de la maladie de la vache folle en 1986 et la reconnaissance de son lien probable avec la MCJ en 1996. L’Union européenne a alors imposé un embargo sur le bœuf britannique qui n’a été levé qu’en août 1999, la France demeurant à ce jour le seul pays de l’UE à refuser la viande britannique. La question est de savoir si le gouvernement conservateur de l’époque a fait suffisamment pour endiguer la propagation de la BSE au sein du cheptel britannique – 4,3 millions de têtes abattues au total – et si scientifiques et politiques n’ont pas tardé à reconnaître les dangers pour la santé humaine. Le pays garde en mémoire les images d’un secrétaire d’État à l’Agriculture, John Gummer, faisant déguster à sa fille de quatre ans un hamburger devant les caméras pour convaincre le public de la non-transmissibilité de la maladie de la vache folle à l’homme. Le rapport n’est pas une enquête criminelle, mais ses conclusions intéresseront au premier chef les avocats des parents des victimes. «Les avocats ont préféré suspendre leurs plaintes dans l’espoir que le rapport contiendrait des éléments qui puissent ensuite les aider. Nous ne pouvons dire si cela sera le cas», commente prudemment une porte-parole de la commission, Nadine Smith. Au-delà des compensations financières, les parents des victimes mettent en avant leur exigence de justice, aucun responsable n’ayant à ce jour été condamné. «L’incompétence doit être sanctionnée», souligne David Churchill, un sapeur-pompier à la retraite qui a perdu son fils Stephen en mai 1995. De façon plus terre à terre, certains responsables conservateurs craignent que le gouvernement travailliste ne communique à la presse certaines pièces du rapport, pour mieux torpiller le congrès annuel des tories réuni à partir de lundi à Bournemouth (sud). «Je suis convaincu qu’il y aura des fuites. Le gouvernement va orchestrer des fuites pour nous nuire», a pronostiqué un autre ancien secrétaire d’État conservateur à l’Agriculture, Douglas Hogg.
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