Grèves et manifestations de rue se sont multipliées lundi à Belgrade et en province, au premier jour d’une campagne lancée par l’opposition et visant à la paralysie de la Serbie, pour forcer le président Slobodan Milosevic à admettre sa défaite à la présidentielle yougoslave. À Belgrade, quelque 20 000 personnes défilaient dans le centre en fin d’après-midi, réclamant la reconnaissance de la victoire, dès le premier tour du scrutin le 24 septembre, du candidat de l’Opposition démocratique de Serbie (DOS), Vosjislav Kostunica. En province, la mine à ciel ouvert de lignite de Kolubara, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Belgrade, a été occupée toute la nuit par les mineurs en grève, alors que les accès au complexe étaient contrôlés par des policiers antiémeutes en tenue de combat. Cette mine revêt une importance stratégique car elle approvisionne en combustible la centrale thermique Nikola Tesla qui alimente elle-même en électricité Belgrade et sa région. Cette vaste campagne de désobéissance civile doit culminer jeudi avec un gigantesque rassemblement dans la capitale yougoslave avec la participation de militants de la DOS en provenance de toutes les régions de Serbie. Plusieurs grands carrefours de Belgrade ont d’abord été bloqués dès les premières heures de la matinée par des véhicules, provoquant d’importants embouteillages à la périphérie de la capitale et une diminution substantielle du trafic dans le centre-ville. Le grand rond-point de Slavija était quasiment inaccessible, ceinturé par des trolleybus, des bus et des tramways disposés bout à bout. Nombre de Belgradois se sont rendus à pied à leur travail, sous une pluie battante. Les éboueurs ont rejoint les employés des transports publics, plaçant à leur tour des camions bennes en travers de la chaussée. Toutefois, en fin de matinée, la DOS a annoncé la fin des barrages à Belgrade, soulignant qu’ils seraient de nouveau installés pendant plusieurs heures mardi matin et les prochains jours. Plusieurs compagnies de taxi se sont jointes au mouvement de grève, selon l’agence indépendante Beta. Barricades Les cinémas, les théâtres et les salles de concert avaient fermé dès dimanche. Les autorités avaient appelé dimanche soir les quelque 7 500 mineurs de Kolubara, qui avaient engagé leur mouvement vendredi, à reprendre le travail, menaçant les grévistes de sanctions. Lundi matin, les unités antiémeutes avaient toutefois levé les barrages et stationnaient à proximité de la mine de Kolubara. Une autre mine de charbon, à Kostolac (centre), comprenant 4 500 employés, s’est également mise en grève. À Nis (sud), des centaines de lycéens ont défilé, scandant des slogans hostiles à Milosevic. Les avocats ont aussi manifesté devant le Palais de justice de Nis où les jardins d’enfants sont restés fermés. À Uzice (sud-ouest), des grévistes ont commencé à se rassembler à 07h00 devant l’Hôtel de ville dont le personnel s’est joint au mouvement de protestation. Près d’Uzice, les cheminots ont bloqué à 05h00 le nœud ferroviaire de Pozega, sur la ligne Belgrade-Bar (Monténégro), a indiqué l’agence Beta. Des barricades ont été dressées en six points de la ville. Le mouvement était suivi dans les fiefs traditionnels de M. Milosevic de Leskovac (sud) et de Pozarevac (est de Belgrade), où des centaines de lycéens ont défilé avec leurs professeurs. À Pozarevac, ville natale de M. Milosevic, des forces de sécurité ont été déployées face aux manifestants, mais aucun incident n’était signalé en fin de journée. Toutes les routes menant à Cacak (centre) ont été bloquées pendant plusieurs heures par une centaine de camions, selon Beta. Des mouvements de grève étaient également prévus à la raffinerie de Pancevo, à une vingtaine de kilomètres de Belgrade, et à la mine de cuivre de Sevojno (3 200 employés), dans le sud-ouest de la Serbie.
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