La colonie a des allures de base militaire. Un soldat israélien monte la garde à l’entrée, l’arme au poing, alors que cinq véhicules blindés de transport de troupes sont garés en contrebas. C’est que Netzarim, l’une des colonies juives de peuplement situées dans la bande de Gaza, est un point chaud permanent entre Israéliens et Palestiniens, dont les négociations de paix sont actuellement au point mort. Dimanche, quatre jeunes Palestiniens, qui faisaient partie d’un groupe de 200 lycéens lançant des pierres sur les soldats israéliens sur la route menant à Netzarim, ont été blessés par des balles caoutchoutées tirées par ceux-ci, alors qu’un soldat était touché à la tête par un jet de pierres. Il est quasiment certain qu’en cas d’accord de paix, la totalité de la bande de Gaza ferait partie d’un État palestinien, autrement dit que ces colonies passeraient sous souveraineté palestinienne ou, plus probablement, seraient démantelées. Pour l’heure, quelque 7 000 colons vivent sous la protection de l’armée au milieu de plus d’un million de Palestiniens, dans 16 colonies qui constituent autant de camps retranchés. Contrairement à la plupart des implantations de Cisjordanie, leur vie est totalement réglée par l’armée, qui les escorte dans tous leurs déplacements. Netzarim, qui regroupe une soixantaine de familles (environ 400 personnes), ne fait pas exception. «Si je veux aller chez le dentiste, je dois d’abord vérifier l’horaire des convois militaires», déclare à des journalistes une habitante de Netzarim, Shlomi Ziv, la tête couverte du «filet» caractéristique des juives religieuses. «Tout est organisé en fonction des horaires des escortes», poursuit-elle, qu’il s’agisse d’envoyer les enfants à l’école ou de sortir de la bande de Gaza pour aller travailler à Ashkelon, distante d’une vingtaine de km. La famille Ziv, qui a deux jeunes enfants, s’est installée à Netzarim avant la signature des accords d’Oslo de 1993 sur l’autonomie palestinienne en vertu desquels la plus grande partie de la bande de Gaza a été transférée en 1994 à l’Autorité palestinienne. Depuis, assure-t-elle, la vie a changé pour le pire, en raison d’incidents constants avec les Palestiniens qui obligent les colons à n’utiliser que certaines routes patrouillées par l’armée israélienne. Il faut à leurs enfants 1h10 minutes pour aller à l’école, contre 20 minutes auparavant, explique-t-elle. Pas question pourtant de quitter les lieux. «J’apprends à mes enfants qu’il y a des choses plus importantes que le confort», raconte cette jeune femme d’une trentaine d’années. «Ma vie est régie par la Torah», poursuit-elle, soulignant que cette terre fait partie d’«Eretz Israel» (Israël dans ses frontières bibliques). Quant aux rumeurs sur le sort funeste qui attend les colonies de la bande de Gaza, «nous n’en parlons pas», assure Mme Ziv. Pour sa part, le commandant des forces israéliennes dans la bande de Gaza, le général Yom Tov Samia, refuse de prédire ce que pourrait être la réaction des colons si le gouvernement donne à l’armée l’ordre de se retirer de cette zone dans le cadre d’un accord de paix. Dans l’immédiat, explique-t-il, l’armée continuera d’assurer leur protection. «Ce n’est pas nous qui tirerons les premiers» sur les Palestiniens, déclare-t-il, assurant que ses troupes ont une mission purement défensive. Dans l’hypothèse d’une proclamation unilatérale d’un État palestinien, «tout dépendra des Palestiniens», dit-il, avertissant que s’ils s’avisent de marcher sur les colonies, «alors je devrais agir». «La bande de Gaza n’est pas le Liban», lance-t-il dans une référence à la retraite précipitée des troupes israéliennes du Liban-Sud en mai dernier, qui a profondément marqué les esprits chez les Palestiniens.
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