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Actualités - Chronologie

Edition - 99 francs, le dernier Frédéric Beigbeder Comment vendre son livre

Frédéric Beigbeder, dont le roman, 99 francs, divise la critique, a le talent de faire parler de lui et, par conséquent, de savoir vendre son livre en crachant dans la soupe, ce que, d’ailleurs, il revendique. Ce roman est une charge féroce contre la publicité : Beigbeder dit que le marketing «pervertit la démocratie», que les «créatifs» «vendent de la merde». «Nous sommes conditionnés, emballés, packagés comme des produits», écrit-il en comparant les hommes de pub aux nazis. Dans cette rentrée littéraire un peu terne, ce livre – publié par un éditeur, Grasset, rarement bredouille à l’heure de la remise des prix littéraires d’automne – a au moins le mérite de susciter le débat sur la vraie nature de la publicité. «Dans 50 ans, Alfred Duler sera poursuivi pour crimes contre l’humanité. Chaque fois que ce type emploie le mot “marché”, il faut comprendre “gateau” (...). Il vous hait, sachez-le. Pour lui, vous n’êtes que du bétail à gaver, des chiens de Pavlov, tout ce qui l’intéresse, c’est votre fric dans la poche de ses actionnaires (...). Et que tourne le Meilleur des Mondes Matérialistes», écrit-il à propos du directeur du marketing de la société «Madone». Drôle ou cynique ? Romancier, critique à la télévision (Rive droite, rive gauche, sur Paris-Première, avec Thierry Ardisson) et dans la presse écrite (Voici), pilier des cocktails du tout-Paris culturel, protégé d’un mandarin des lettres comme Philippe Sollers, admirateur du romancier américain Bret Easton Ellis, Frédéric Beigbeder joue dans le paysage littéraire de l’époque le rôle du «bourgeois» (c’est lui qui le dit) insolent. Ce potache doué considère qu’aujourd’hui «la désobéissance est devenue une forme d’obéissance» et que «la révolte fait partie du jeu» : dans ce contexte, il est difficile de jauger la sincérité du roman. Des critiques ont trouvé cet ouvrage drôle, d’autres cynique, titrant par exemple : 99 francs ? zéro franc. Peu importe, l’important c’est qu’on en parle : l’opération est d’ores et déjà réussie, grâce en partie à une trouvaille digne d’un vrai «pubeux». «J’écris ce livre pour me faire virer», dit Octave, le personnage principal de 99 francs, rédacteur publicitaire «mort-vivant» couvert d’argent, de jolies filles et de cocaïne. Or, Beigbeder, qui travaillait depuis dix ans dans la pub (et depuis cinq ans chez Young et Rubicam, premier groupe mondial), a été licencié pendant l’été par cette société, qui n’a pas apprécié le ton mordant de son concepteur-rédacteur. Il a décidé de porter l’affaire devant les prud’hommes. En attendant, il explique dans les médias comment il a été licencié «sur-le-champ et sans indemnités», pourquoi, à 35 ans, il se sent désabusé. Il prend aussi la pose : l’air conquérant, le pied écrasant un baril de lessive, ou la main imitant un revolver pointé sur des produits laitiers, ou carrément, en «blues brother», lunettes de soleil et expression farouche, fusil sur l’épaule. Dans Paris-Match, Christophe Lambert, patron de l’agence CLM/BBDO, estime que ce livre est «l’acte de rédemption d’un dandy qui aurait ressenti le besoin d’expier son passé pour se faire accepter dans les milieux intellectuels parisiens», l’accusant de «démagogie». Selon lui, «la meilleure publicité n’a jamais fait vendre un mauvais produit». Les lecteurs jugeront.
Frédéric Beigbeder, dont le roman, 99 francs, divise la critique, a le talent de faire parler de lui et, par conséquent, de savoir vendre son livre en crachant dans la soupe, ce que, d’ailleurs, il revendique. Ce roman est une charge féroce contre la publicité : Beigbeder dit que le marketing «pervertit la démocratie», que les «créatifs» «vendent de la merde». «Nous sommes conditionnés, emballés, packagés comme des produits», écrit-il en comparant les hommes de pub aux nazis. Dans cette rentrée littéraire un peu terne, ce livre – publié par un éditeur, Grasset, rarement bredouille à l’heure de la remise des prix littéraires d’automne – a au moins le mérite de susciter le débat sur la vraie nature de la publicité. «Dans 50 ans, Alfred Duler sera poursuivi pour crimes contre l’humanité. Chaque fois...