Le procès des deux suspects libyens de l’attentat de Lockerbie doit reprendre aujourd’hui à Camp Zeist (Pays-Bas) après trois semaines de suspension à la demande de la défense qui souhaitait prendre connaissance de documents de la CIA concernant un témoin-clé de l’accusation. Fin août, les avocats des deux Libyens avaient demandé un ajournement du procès, le temps de rassembler et d’analyser l’intégralité des messages de la CIA concernant les activités d’Abdul Miajid Giaka à Malte de 1988 à 1991. Selon l’accusation, Abdul Giaka, 40 ans, appartenait aux services secrets libyens au même titre que les deux accusés. Il avait contacté l’ambassade américaine à Malte en août 1988, quatre mois avant l’attentat de Lockerbie, offrant ses services à la CIA contre rémunération. La défense devrait indiquer jeudi si elle est satisfaite ou non des documents produits par la CIA. Dans l’affirmative, Abdul Giaka pourrait comparaître le 26 septembre devant la cour, avait indiqué fin août le procureur Colin Boyd. Selon des informations de presse, Abdul Giaka serait le seul témoin susceptible d’établir un lien direct entre les deux accusés et l’organisation de l’attentat. Les deux suspects Abdel Basset Ali al-Megrahi, 48 ans, et Amine Khalifa Fhimah, 44 ans, sont accusés d’avoir acheminé depuis Malte la bombe qui a détruit en vol un Boeing 747 de la PanAm, le 21 décembre 1988, au-dessus du village écossais de Lockerbie. L’attentat avait fait 270 morts parmi lesquels onze habitants de Lockerbie. À l’ouverture du procès, le 3 mai, les avocats des deux hommes avaient réaffirmé l’innocence de leurs clients et leur intention de plaider non coupables. Une première série de 25 câbles hautement confidentiels de la CIA concernant Abdul Giaka avait été partiellement divulguée le mois dernier. Des documents lus devant la cour, il ressortait qu’à aucun moment, en 1988 et 1989, le transfuge libyen n’avait eu vent d’un attentat en préparation ou effectivement perpétré par les services secrets libyens contre le Boeing de la PanAm. L’apport de cet informateur avait paru si médiocre à la CIA qu’à l’automne 1989 ses agents traitants avaient envisagé de supprimer sa rémunération mensuelle de 1 000 dollars si la qualité de ses prestations ne s’améliorait pas. Deux ans plus tard, alors que l’enquête s’était orientée vers la Libye, Abdul Giaka avait commencé à prendre une importance considérable aux yeux des Américains. Exfiltré clandestinement de Malte, en 1991, il vit depuis lors, avec sa femme Cynthia, sous le régime de protection des témoins mis en place par le gouvernement américain.
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