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Actualités - Reportages

(Supplément) Avances bancaires : l'Etat roi

Pour la première fois depuis la seconde moitié de 1999, la part de l’État par rapport à l’ensemble des avances accordées par le secteur bancaire a dépassé celle du secteur privé. L’appétit de l’État à s’endetter, notamment pour assurer le service de sa dette, et la crise économique avec le manque d’opportunités de placement qui en découle sont à l’origine de cette évolution. Les banques libanaises ne peuvent pas, en effet, continuer à accorder de nouveaux prêts aux agents privés en proie à de graves difficultés d’exploitation. La hausse des charges, y compris financières, et le manque d’opportunités de ventes ont fortement dégradé la capacité d’endettement des entreprises libanaises. L’État leur offre donc une meilleure garantie et une meilleure rentabilité pour leurs remplois. Les avances à l’économie nationale (secteurs public et privé confondus) ont fortement augmenté au cours des huit dernières années. Ces avances passent d’un total de 4,3 milliards de dollars en 1992 à plus de 29,3 milliards en juin 2000 (voir tableau 1). Elles représentent actuellement 70% du total des actifs bancaires contre seulement 54% en 1992. C’est surtout la progression de la part du secteur public qui impressionne, puisque les créances bancaires sur l’État passent de moins de 1,7 milliard de dollars en 1992 à plus de 14,8 milliards en juin 2000. La progression moyenne annuelle cumulée des avances bancaires au secteur public est de 33,3 %, alors que celle du secteur privé est de 25 %. À ces facilités accordées au secteur étatique, il convient d’ajouter les avances indirectes effectuées par le biais des entreprises privées dont les arriérés auprès de l’État s’accumulent, alors qu’elles sont fortement endettées auprès des banques. Les avances bancaires à l’État ne se limitent plus aux souscriptions aux bons du Trésor en livres, mais aussi à celles émises en devises. Cette concentration des risques sur un seul agent, même si c’est l’État, fragilise fortement les banques libanaises. Toutefois, celles-ci estiment que l’endettement public ne les empêche pas vraiment de prêter aux entreprises privées, si toutefois ces dernières peuvent justifier de capacités d’endettement. En effet, il y a toujours une forte concurrence entre les banques pour accorder des avances aux agents privés solvables. Malheureusement, et en raison d’un environnement économique dépressif, les entreprises libanaises sont fragilisées et peuvent difficilement justifier un endettement supplémentaire. Le cercle est quelque peu vicieux dans la mesure où, faute de liquidité et d’appuis bancaires, les entreprises peuvent difficilement redresser leur situation. On ne prête qu’aux riches En plus de la part de plus en plus importante de l’État dans les remplois bancaires, les avances aux agents privés sont elles aussi très concentrées sur plusieurs plans. Tout d’abord, les prêts sont accordés à 90 % en dollars. L’endettement en livres est trop cher et peu disponible pour les entreprises privées. Par secteur, l’essentiel du crédit est orienté vers le commerce et les services qui se taillent environ 45 % du total des avances bancaires (voir tableau 2). À ces avances, il convient d’ajouter les engagements hors bilan que représentent les lettres de crédits ouvertes. En deuxième position, nous retrouvons les crédits à la construction qui représentent plus de 22 % des avances bancaires à fin 1999. L’essentiel de ces avances a été accordé entre 1993 et 1996, avant que ce secteur ne connaisse une crise très aiguë qui ne permet plus aux emprunteurs de liquider leurs stocks d’invendus et donc de rembourser leurs banquiers. Il n’y a pratiquement plus de nouveaux prêts dans ce domaine, et au principal non remboursé s’ajoutent les intérêts qui s’accumulent depuis de nombreuses années. Ces prêts sont souvent garantis par les immobilisations qu’ils sont supposés financer. La moyenne des prêts dans la construction est très élevée puisque dans ce secteur les emprunteurs ne représentent que 5,6 % de l’ensemble des débiteurs, alors qu’ils bénéficient de 22 % du total des avances bancaires. Les avances bancaires à l’agriculture confirment le rôle de parent pauvre de ce secteur par rapport aux autres activités économiques du pays. Il ne bénéficie que de 1,5 % du total des crédits accordés à l’économie. Cependant, les agriculteurs bénéficient d’avances bancaires indirectes par le biais des avances fournisseurs. Les commerçants d’inputs agricoles assurent souvent le relais entre la banque et l’agriculture. D’autres avances sont accordées à l’agriculture, ou plutôt à l’agriculteur, et prenant la forme de prêts à la consommation. Ces derniers ont fortement augmenté entre 1992 et 2000, en raison de la reprise du crédit à la consommation longtemps suspendu en raison de la guerre et de l’instabilité politique. Cependant, cette forme de crédit s’est quelque peu ralentie au cours des derniers mois pour cause de surendettement. En effet, l’endettement accumulé par les ménages a dégradé leur capacité d’endettement, et la crise économique a amplifié ce mouvement de rétraction. Les fréquences des impayés sont de plus en plus grandes ; les banques et les commerçants font preuve de grande vigilance dans ce domaine. Par région, on observe aussi une grande concentration des avances bancaires dans Beyrouth et sa grande banlieue qui bénéficient de près de 82% des avances bancaires. Les banques prêtent peu dans la Békaa et les agents économiques de cette région ne disposent que de 2,6 du total des avances bancaires (voir tableau 3). Consolidation des fonds propres… Les banques ont massivement renforcé leurs fonds propres au cours de ces dernières années (voir tableau 4). De moins de 145 millions de dollars en 1992, les capitaux permanents des banques passent à 2,9 milliards de dollars en juin 2000. Ces fonds ne représentaient que 1,8 % du total du bilan consolidé en 1992. Ils se situent actuellement à près de 7 %. Cette forte hausse s’explique d’abord par la vigilance de la Banque du Liban qui, dans le cadre d’une consolidation des structures du système bancaire, a imposé aux banques libanaises des fonds propres minimum en fonction de leurs engagements auprès de leurs clients. Pour se conformer à ces directives, les banques ont relevé leurs capitaux et y ont réintégré une grande partie des bénéfices réalisés au cours des derniers exercices. Elles ont aussi procédé à la réévaluation de certains de leurs avoirs immobilisés, selon les normes prévues par les autorités monétaires, et à la libération d’une partie des provisions constituées pour faire face aux créances douteuses antécédentes. Enfin, elles ont ouvert leurs capitaux à de nouveaux investisseurs et ont eu recours à des instruments de crédit divers sur les marchés financiers internationaux. Ce renforcement des fonds propres s’est souvent consolidé par des fusions, des acquisitions et des redéploiements bancaires. D’importants mouvements ont été observés au cours des derniers mois et pourraient s’accélérer à court et moyen terme. …mais dégradation des avoirs extérieurs Si les banques commerciales ont largement consolidé leurs fonds propres au cours des dix dernières années, elles ont par contre observé un recul relatif de leurs avoirs externes. Ceux-ci, de près de 40 % du total bilan en 1992 chutent à 15 % en 2000 (voir tableau 5). Les excès de liquidités en devises des banques libanaises ne sont plus placés auprès du système bancaire international, mais en bons du Trésor de l’État libanais en devises ou auprès de la BDL qui leur offre des taux d’intérêt sur les devises plus favorables que ceux du marché interbancaire international. Le recul des avoirs extérieurs fragilise les banques libanaises et réduit leur marge de manœuvre en cas de lourdes pressions sur le marché libanais. Il est bien évident que les chiffres consolidés sont une moyenne globale et que des écarts significatifs existent entre les différents établissements bancaires du pays. Les perspectives bancaires pourraient être moins fastueuses pour les prochains exercices et dépendront en fait de la bonne tenue de la monnaie nationale. Mais pour beaucoup, il est certain que les performances du secteur seront toujours supérieures à celles des autres activités économiques auxquelles finalement le secteur bancaire reste intimement lié. Il est clair que le secteur bancaire, plus que tout autre secteur, est sujet aux répercussions de l’environnement économique. L’endettement public peut avoir des effets bénéfiques sur certains agrégats comptables, mais il ne pourra en aucun acas ssurer la pérennité d’une activité de plus en plus concurrencée. Les banques ont une position paradoxale : d’une part, elles sont accusées de négliger les besoins d’un secteur privé en difficulté et de privilégier un financement public qui leur assure des marges très confortables, et d’autre part, elles constituent un recours pour un grand nombre d’agents qui les sollicitent pour de nouvelles formes de financement et pour des besoins de plus en plus diversifiés. Dans un environnement économique difficile, le secteur bancaire est certainement un recours, mais aussi il doit être très prudent pour éviter tout dérapage.
Pour la première fois depuis la seconde moitié de 1999, la part de l’État par rapport à l’ensemble des avances accordées par le secteur bancaire a dépassé celle du secteur privé. L’appétit de l’État à s’endetter, notamment pour assurer le service de sa dette, et la crise économique avec le manque d’opportunités de placement qui en découle sont à l’origine de cette évolution. Les banques libanaises ne peuvent pas, en effet, continuer à accorder de nouveaux prêts aux agents privés en proie à de graves difficultés d’exploitation. La hausse des charges, y compris financières, et le manque d’opportunités de ventes ont fortement dégradé la capacité d’endettement des entreprises libanaises. L’État leur offre donc une meilleure garantie et une meilleure rentabilité pour leurs remplois. Les...