L’obésité ne menace plus seulement les pays riches, mais se répand comme une traînée de poudre dans les pays en développement, à la faveur de la modernisation de l’économie, l’urbanisation et la modification rapide des habitudes alimentaires. Dans les pays industrialisés, on savait déjà la situation préoccupante. Mais plusieurs experts, réunis cette semaine à Washington à l’occasion de la 2e conférence annuelle de l’Association américaine de l’obésité (AOA), ont tiré la sonnette d’alarme sur la situation dans les pays à moyen et faible revenu. La transition socio-économique s’y accompagne en effet le plus souvent de ce que les experts appellent une «transition nutritionnelle» : une modification des régimes alimentaires, une activité physique en forte diminution et une augmentation rapide des taux d’obésité. «L’épidémie de l’obésité adulte touche le monde entier, chez nous, bien sûr, mais aussi l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine, principalement dans les zones urbanisées», affirme Larry Atkinson, président de l’AOA et professeur de médecine à l’Université du Wisconsin. En Chine, selon les derniers chiffres disponibles, un homme sur dix (12 %) est obèse (16 % pour les femmes). Et la tendance est à l’accélération. Une étude réalisée auprès d’un échantillon de 2 500 personnes de 20 à 45 ans montre, de 1989 à 1997, un triplement du nombre d’hommes en surcharge pondérale et un doublement chez les femmes. En Malaisie, trois hommes sur dix sont désormais obèses. Certains pays d’Amérique latine sont particulièrement touchés, comme le Mexique, où 58 % de la population est trop grosse et 23 % obèse. Le mal touche aussi l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, notamment l’Égypte (35 % d’obésité), l’Arabie séoudite (16 % hommes, 24 % femmes) ou le Koweït (32 %, 40%). En Afrique, le phénomène n’est pas absent, mais il reste cantonné aux zones urbaines. Pour Barry Popkin, spécialiste de la nutrition à l’Université de Caroline du Nord, plusieurs facteurs expliquent cette inquiétante progression, et en premier lieu un «changement massif dans la composition du régime alimentaire». «Les huiles de consommation sont devenues beaucoup moins chères. Et dès que les gens gagnent un peu plus, ils augmentent très rapidement le contenu gras de leur alimentation», note-t-il. «L’autre élément, c’est l’explosion des sucres dans l’alimentation», ajoute-t-il, en avançant l’hypothèse d’une généralisation des produits agroalimentaires et des boissons gazeuses sucrées. Enfin, la sédentarisation des modes de vie gagne aussi ces pays. «L’activité physique y a fortement diminué, en particulier au travail. Les nouvelles technologies ont réduit l’intensité des tâches dans des secteurs comme l’agriculture et l’industrie (...) le résultat, c’est un énorme déséquilibre énergétique», constate Barry Popkin. L’obésité serait-il un mal universel de la modernité ? Non, estime Larry Atkinson, qui suggère un remède tout simple : réduire les portions dans les assiettes, la teneur en graisses et en sucres, et laisser la voiture au garage. «Une des choses qui m’impressionne le plus lorsque je vais en Europe, c’est de voir combien les gens marchent», note-t-il. Reste qu’une prise de conscience est urgente. «Si nous ne commençons pas à faire de la prévention dans ces pays, avertit Barry Popkin, nous allons voir des maladies chroniques, telles que le diabète, devenir tellement courantes qu’elles vont non seulement tuer des millions de gens, comme c’est déjà le cas en Chine, mais aussi handicaper des populations entières». «Aux États-Unis et en Europe, prévient-il, nous avons les moyens de soigner les gens, de les opérer. En Amérique latine, en Asie ou en Afrique, cela reviendrait à détruire l’économie».
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