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Actualités - Opinion

Tribune Le danger de la résignation

La contraction supplémentaire du PIB au premier semestre de l’an 2000, pour le septième trimestre consécutif, ravive les craintes d’une récession durable de l’économie libanaise. Les indicateurs de la première moitié de l’année sont pessimistes et nourrissent un malaise croissant dans les milieux politiques et des affaires quant à l’évolution des niveaux de vie et d’emploi des Libanais. Ces malaises ont été amplifiés lorsque Standard and Poors et Moody’s décidèrent dernièrement de mettre la notation du Liban sous surveillance. Cette situation est d’autant plus délicate que le financement de l’économie nationale est aujourd’hui plus que jamais dépendant de l’appétit des investisseurs pour le marché obligataire. Depuis le début de l’année, les souscriptions additionnelles aux bons du Trésor et aux eurobons publics ont représenté 47 % des mouvements de capitaux à l’entrée. Le déficit courant est donc couvert par des instruments de dette et non par des flux d’investissements directs, ce qui signifie que les investisseurs sont plus attirés par les rendements immédiats à court terme que par les perspectives de l’économie à moyen terme. Le compte de capital devient la variable-clé de l’économie et sa faiblesse structurelle, car régi en définitive par la confiance. Dans ce contexte, les faibles performances économiques du premier semestre (-0,5 %), combinées à un taux d’inflation annuel moyen de 1,9 % et à un taux effectif de service de la dette de 11,8 % (intérêts servis sur dette moyenne), donnent une valeur à la croissance nominale du PIB inférieure à celle de la croissance de la dette, augmentant le poids de cette dernière dans le PIB à près de 140 %. La décrue des taux longs, observée en 1999, aurait constitué en l’an 2000 un véritable ballon d’oxygène, n’était la dynamique de la dette qui dépasse désormais le potentiel de croissance à court terme de l’économie. Preuve en est, la part du revenu national dévolue au paiement du service de la dette qui a atteint plus de 16 % en juin 2000, dépassant pour la première fois les revenus de l’État (103 %) et alourdissant d’autant plus la contrainte de soutenabilité qui pèse sur la politique budgétaire. Afin de pallier cette situation aux conséquences économiques, monétaires et sociales très graves, il devient urgent de repenser les différentes politiques économiques suivies qui, tout en gardant comme objectif principal l’ajustement fiscal, doivent néanmoins être plus favorables à la croissance qui s’établit pour le septième trimestre consécutif en dessous de sa tendance longue (3 % en moyenne). Afin d’assurer à la livre libanaise une stabilité réelle et durable, il faut réduire l’écart entre les taux de change réel et nominal pour éliminer à terme toute possibilité de correction mécanique. Pour ce faire, il faut éteindre les derniers foyers de l’inflation fondamentale, parmi lesquels le déséquilibre des finances publiques reste le plus important. Un objectif minimum acceptable pour relâcher les pressions potentielles serait de ramener la dette, dans un horizon de 5 ans, à 85 % maximium du PIB. Du fait des atermoiements des politiciens et de l’impossibilité d’assurer au cours des dernières années un consensus sur les grandes orientations économiques, un coût d’attente est venu s’ajouter au coût d’ajustement déjà élevé, rendant la marge de manœuvre du prochain gouvernement, quelle que soit sa forme, très étroite. En effet, la réduction de la dette à 85 % du PIB, à travers les seules réformes fiscales et administratives, devient désormais chose impossible car requérant la hausse des prélèvements obligatoires de 17,5 % du PIB actuellement à 60 % dans cinq ans, ruinant ainsi l’investissement et appauvrissant durablement les Libanais. Un ajustement basé sur les seules réformes financières devient lui aussi vain car nécessitant la vente au secteur privé de 12 milliards de dollars d’actifs publics sur les trois années à venir, accompagnée d’une baisse des taux d’intérêt nominaux d’au moins 5 %, ce qui est matériellement irréalisable. Reste la sortie par le haut qui est encore plus hypothétique car elle exige un taux de croissance moyen annuel nominal de 18,5 % sur les cinq prochaines années, ce qui dépasse de loin les capacités actuelles de l’économie libanaise et de l’investissement toujours entravés par des risques politiques et techniques élevés. les investissements publics et privés ont, en effet, régressé de près de 13 % au premier semestre après un recul similaire en 1999, assurant une contribution négative de 3,5 % à la croissance de l’activité. Notre but à travers ces écrits n’est pas de nourrir davantage le pessimisme ambiant autant que d’éclairer les Libanais sur l’ampleur de l’effort à faire pour rétablir l’équilibre des comptes. Partagés entre l’ignorance et la démagogie, nos politiciens ont malheureusement perdu l’habitude de dire la vérité. Quatre règles Hisser le solde budgétaire à un niveau compatible avec une régulation autonome requiert de la part du prochain gouvernement des marges de coopération étroites entre les quatre solutions potentielles : fiscale, financière, économique et politique. À l’adresse du prochain gouvernement et de son chef, nous énonçons les quatre règles suivantes dont la non-application rendra probable l’échec de toute politique d’ajustement. – Concentrer la politique fiscale sur la réforme de l’administration fiscale et non plus sur le relèvement des taxes. Il faut renforcer la capacité de l’administration à lever les taxes et à combattre l’évasion qui s’élève désormais à 8 % du PIB. Un projet de privatisation de la collecte devrait être sérieusement envisagé, à défaut de quoi l’administration de collecte devrait être totalement autonome, ayant sa propre échelle de salaires et un système de compensations financières basées sur les performances. L’expérience des rares pays qui ont suivi ce principe reste très encourageante. La présidence de l’administration devrait être confiée à une personnalité à la morale irréprochable, indépendante du pouvoir politique. Un objectif sur deux ans de baisse de moitié de l’écart entre les recettes potentielles et les recettes effectives permettrait à l’État d’arrêter de couvrir ses dépenses courantes par l’emprunt. Parallèlement, la concentration des sources de revenus, l’élargissement de la base d’imposition, la minimisation des délais de collecte et la neutralité de la taxe sont autant de conditions de succès de la nouvelle politique fiscale qu’ils sont capables d’augmenter les revenus sans accentuer la pression. – Définir rapidement un programme de privatisation portant sur cinq milliards de dollars US et assurer le consensus politique à sa mise en œuvre. Un tel volume ne peut être assuré qu’à travers la vente immédiate des réseaux fixe et mobile des télécommunications. L’expérience de l’Égypte est très instructive à cet égard. Sortir les privatisations du débat politique stérile qui les entravait, c’est commencer à les considérer comme des mesures limitant la part de la production nationale affectée par les mécanismes administratifs plutôt que par les mécanismes de marché. Les privatisations représentent désormais la variable la plus critique de toute perspective d’ajustement. Sur les années 2001 et 2002, chaque milliard de dollars US de retard génère un coût économique dont la neutralisation implique 2 % de croissance annuelle réelle supplémentaire. Il est donc important de les initier dès la fin de l’année en cours afin d’éviter les effets cumulatifs du coût d’attente. La seule annonce de la signature d’un mandat à un consortium bancaire international permettra à la Banque centrale de lancer immédiatement une nouvelle vague de baisse des taux d’intérêt. – Fixer un objectif de croissance réelle de 6 % sur les 5 années à venir afin d’accélérer le processus de récupération qui faciliterait la sortie par le haut au problème des finances publiques et qui renforcerait le revenu disponible des ménages, principal soutien à l’investissement productif. Pour atteindre ce taux susceptible de réduire sensiblement les coûts sociaux et financiers de l’ajustement requis, il est nécessaire d’assurer une demande supplémentaire de près de 2,5 milliards de dollars US par an. Cette demande additionnelle générait des importations supplémentaires de 800 millions de dollars, le solde étant assuré par la production domestique. La réalisation de ces chiffres suppose des mouvements de capitaux en hausse de 20 % par rapport à leur niveau du premier semestre de l’année en cours, générant un excédent de la balance des paiements de plus de 500 millions de dollars US et une augmentation des crédits bancaires au secteur privé de près de 2 milliards de dollars US (contre un milliard en termes annualisés au premier semestre). Le maître mot est donc confiance. De la subtilité du gouvernement à concilier les impératifs de réconfort des investisseurs et des consommateurs et ceux de la croissance dépendra la réalisation de ces chiffres. Dans l’état actuel des choses, nous sommes sceptiques quant à la possibilité d’atteindre ces volumes supplémentaires en dehors de toute amélioration de l’environnement politique. Le moteur de la croissance reste le secteur privé. Baignant dans la confusion la plus totale, ce dernier a besoin aujourd’hui plus que jamais de quantifier les risques inhérents à ses investissements dont notamment ceux politiques. – Inciter le secteur privé à s’engager à moyen terme, créant les richesses et les emplois nécessaires. Ceci ne peut se faire qu’à travers plus de clarté et de transparence dans le discours politique général : quelle position pour le Liban dans la nouvelle géopolitique régionale, quel type de relations privilégiées avec la Syrie dans une perspective post-règlement, quelles actions matérielles pour renforcer le processus de réconciliation nationale, quelles améliorations apporter aux libertés fondamentales et à la démocratie etc. Autant de questions restées sans réponse et qui ont affecté au cours des dernières années l’investissement beaucoup plus que les contraintes économiques et financières. Si l’on réussit à allier réalisme politique et pragmatisme, les résultats peuvent être encourageants. Les développements actuels liés à la libération du Liban-Sud et à l’achèvement des élections législatives dans de meilleures conditions de liberté et de démocratie offrent aujourd’hui à la nouvelle Assemblée une occasion unique de se retrouver autour des grands choix économiques et politiques sur lesquels il était difficile d’assurer un consensus au cours des dernières années. Le génie politique est de saisir les opportunités, dit-on. Après, on déclare que c’était de la bonne stratégie. Si, malgré le risque d’une récession durable, on veut bien croire à la reprise au Liban, il s’agit donc de bien définir les fondements de cette reprise car la recette pour un rebond nécessite des ingrédients précis. Les chances de réussite seront d’autant plus grandes que cette dernière ciblerait simultanément une croissance soutenue et durable qui garantit le niveau de vie des Libanais ; un important contenu en emploi de la croissance qui réduit le chômage ; la maîtrise de l’inflation qui garantit la stabilité des prix ; la stabilité de change qui préserve le pouvoir d’achat et enfin l’équilibre des paiements extérieurs qui évite l’endettement et la contrainte externes. C’est le déclin, énonce l’adage, quand l’homme dit «Que va-t-il se passer ?» au lieu de dire «Que vais-je faire ?».
La contraction supplémentaire du PIB au premier semestre de l’an 2000, pour le septième trimestre consécutif, ravive les craintes d’une récession durable de l’économie libanaise. Les indicateurs de la première moitié de l’année sont pessimistes et nourrissent un malaise croissant dans les milieux politiques et des affaires quant à l’évolution des niveaux de vie et d’emploi des Libanais. Ces malaises ont été amplifiés lorsque Standard and Poors et Moody’s décidèrent dernièrement de mettre la notation du Liban sous surveillance. Cette situation est d’autant plus délicate que le financement de l’économie nationale est aujourd’hui plus que jamais dépendant de l’appétit des investisseurs pour le marché obligataire. Depuis le début de l’année, les souscriptions additionnelles aux bons du Trésor...