Un nouveau conflit a éclaté au sein de l’administration prorusse de Tchétchénie, déchirée par des luttes de pouvoir qui illustrent l’impuissance des Russes, après un an de guerre, à installer un régime civil capable de prendre le relais des militaires. Moscou a appelé hier les chefs prorusses, l’ancien mufti Akhmad Kadyrov, et son adjoint, le chef de milice Bislan Gantamirov, à «collaborer» afin «d’accroître l’efficacité» de l’administration civile mise en place en juin dans la république indépendantiste du Caucase et dirigée par M. Kadyrov. «Il faut trouver une solution qui permettrait de garder dans nos rangs Akhmad Kadyrov et Bislan Gantamirov», a déclaré le conseiller du Kremlin pour le conflit tchétchène, Sergueï Iastrjembski. Motif officiel du différend entre les deux hommes, Bislan Gantamirov conteste la nomination par Akhmad Kadyrov, sans son assentiment, de plusieurs membres de l’administration locale. Gantamirov, ancien chef de milice depuis toujours opposé aux indépendantistes, et Kadyrov, ancien mufti pro-indépendantiste rallié à Moscou depuis moins d’un an, se livrent en fait une lutte acharnée pour le pouvoir civil qui rend plus délicate encore la position de Moscou, toujours en butte au harcèlement des rebelles. Un général russe et deux autres militaires, selon les autorités russes, ont ainsi été blessés lundi soir dans une attaque contre leur jeep à Goudermès (est), deuxième ville de Tchétchénie. Alimentant le conflit entre les chefs prorusses, le maire de la capitale tchétchène Grozny, Soupïan Makhtchaïev, proche de M. Gantamirov, a menacé mardi de démissionner. Il accuse Akhmad Kadyrov de vouloir installer à des postes de responsabilité «des proches du président indépendantiste Aslan Maskhadov», dont Moscou ne reconnaît plus la légitimité depuis son intervention en Tchétchénie, le 1er octobre 1999. La nomination de l’ancien mufti, en juin, avait provoqué la démission de plusieurs plusieurs membres de l’administration prorusse, en signe de protestation contre ses liens avec les indépendantistes lors du premier conflit tchétchène (1994-1996). Ancien chef de guerre pendant ce conflit, Akhmad Kadyrov, 49 ans, était passé du côté russe après le début de la deuxième guerre. Son ennemi irréconciliable, Bislan Gantamirov, 37 ans, ancien maire de Grozny, avait au contraire pris la tête d’une milice armée par Moscou au début du premier conflit. Emprisonné en 1996 pour détournement de fonds, gracié en 1999, il avait de nouveau formé une milice anti-indépendantiste qui a combattu cet hiver aux côtés de l’armée russe. En juillet, le conflit avait failli tourner à l’affrontement armé et Moscou avait tranché en faveur du chef de l’administration. M. Iastrjembski a eu cette fois des propos beaucoup plus nuancés: il a réaffirmé le soutien de Moscou à M. Kadyrov, mais souligné que M. Gantamirov n’était pas pour autant «mis à l’écart». Le quotidien Kommersant soulignait d’ailleurs mardi que le conflit «semblait avoir tourné au profit de M. Gantamirov» et que celui-ci s’est affiché récemment aux côtés des représentants de Moscou dans la république, «toujours sans Kadyrov». Pour l’analyste Galina Kovalskaïa, spécialiste de la Tchétchénie, «il est évident que Moscou devra trancher» entre les deux hommes qui «personnalisent des vues différentes sur la façon de régler le conflit». «En misant sur Kadyrov, le Kremlin lance un signal aux partisans de l’indépendance qui refusent de prendre les armes», alors que les partisans de Gantamirov «estiment qu’il n’est possible de s’appuyer que sur ceux qui ont toujours combattu les indépendantistes», estime Mme Kovalskaïa.x
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