Entre barbarie, oppression et résistance, la dernière Mostra du siècle, marquée par le sang, les larmes et le sexe, a fini sur les accents déchirants et rauques du flamenco de Vengo, du cinéaste gitan Tony Gatlif. Une note finale à l’unisson d’une édition, parfois taxée de misogyne, qui a fait la part belle à l’homme, hétéro ou gay, utopiste ou cynique, intellectuel ou éboueur, dans une sélection officielle dominée par les cinémas d’Asie. La vitalité et le renouveau venus de l’Est ont heureusement apporté une bouffée d’oxygène à cette deuxième sélection du directeur de la Mostra Alberto Barbera, qui, dans ses choix européens (12 sur 20 candidats au Lion d’or), n’a pas toujours convaincu. Plus de 150 films ont été projetés au Lido en une dizaine de jours. «Trop de films et peu de vraies stars», titrait samedi le Corriere della Sera. «On accueille la Schiffer (Claudia) comme si, elle, c’était Greta Garbo», déplore un vieil habitué qui fréquente la Mostra depuis quarante ans. Ce cru 2000 a infligé aux festivaliers des images choc d’une cruauté insoutenable, des tortures auto-infligées par les amants maudits de Seom (L’île) du Sud-Coréen Kim Ki-Duk au fétichisme érotico-sadique de O Fantasma (Le fantôme) du Portugais Joao Pedro Rodrigues. Des tenailles des arracheurs de dents de Gabriele Salvatores, le cinéphile du Lido a plongé dans l’enfer de Medellin, de ses assassins et trafiquants de drogue. Reflet d’un monde inquiet à l’aube du troisième millénaire, la 57e édition du doyen des festivals de cinéma a brossé un panorama très sombre d’une planète où l’homme est en proie à la solitude et à l’angoisse, où règnent l’intolérance, la répression et le fanatisme religieux, du Bengale à Cuba en passant par l’Iran. Deux films historiques britanniques, situés dans les années 30, abordent ces thèmes sombres. Sally Potter évoque l’antisémitisme et la montée du nazisme dans The Man who Cried et Stephen Frears, dans Liam, montre l’embrigadement de chômeurs de Liverpool dans les «chemises noires» et le poids d’une église catholique bornée. C’est encore la religion et la société tout entière qui emprisonne les femmes de Dayereh (Le cercle) de l’Iranien Jafar Panahi. Plus à l’Est, la jeunesse est victime du contrôle tatillon de la bureaucratie en Chine continentale dans Zhantai (Le quai) de Jia Zhang ke ou se laisse entraîner dans la prostitution à Hong Kong (Durian de Fruit Chan). Quelques voix, pourtant, s’élèvent avec courage contre l’oppression : l’écrivain cubain «gay» Reinaldo Arenas, symbole de résistance au régime castriste, le jeune Sicilien Peppino Impastato, tué il y a 30 ans, pour s’être opposé à la mafia, l’Indienne Uttara ou Johnny, le partisan utopiste italien. En contrepoint à la violence qui a imprégné la Mostra, le Portugais Manoel de Oliveira, doyen du cinéma mondial, et le Lituanien Sharunas Bartas signent deux films, éloge de la parole pour l’un, élégie du silence et de la nature pour l’autre. Un cinéma d’auteur exigeant. À l’exception de rires nerveux, déclenchés par quelques scènes choc, les festivaliers n’ont guère eu l’occasion de faire travailler leurs zygomatiques. Il y a bien eu les Texanes au bord de la crise de nerfs de Robert Altman et, en finale, une comédie italienne, La lingua del santo (La langue du saint) de Carlos Mazzacurati, très applaudie. Mais le bienfaiteur des festivaliers a été le traditionnel Woody Allen avec son opus 2000 Escrocs mais pas trop.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Entre barbarie, oppression et résistance, la dernière Mostra du siècle, marquée par le sang, les larmes et le sexe, a fini sur les accents déchirants et rauques du flamenco de Vengo, du cinéaste gitan Tony Gatlif. Une note finale à l’unisson d’une édition, parfois taxée de misogyne, qui a fait la part belle à l’homme, hétéro ou gay, utopiste ou cynique, intellectuel ou éboueur, dans une sélection officielle dominée par les cinémas d’Asie. La vitalité et le renouveau venus de l’Est ont heureusement apporté une bouffée d’oxygène à cette deuxième sélection du directeur de la Mostra Alberto Barbera, qui, dans ses choix européens (12 sur 20 candidats au Lion d’or), n’a pas toujours convaincu. Plus de 150 films ont été projetés au Lido en une dizaine de jours. «Trop de films et peu de vraies stars»,...