Federico Fellini avait sa vision de la «cité des femmes» ; Robert Altman a la sienne, tout aussi cauchemardesque. Celle du réalisateur de M*A*S* H*, Palme d’or du Festival de Cannes en 1970, est pourtant bien située sur l’atlas, à Dallas (Texas), et plus particulièrement dans le cabinet d’un gynécologue, le docteur Travis, dit Dr T., une appellation qui fait penser à un film de James Bond, mais la ressemblance s’arrête là. Ce cabinet est sans cesse bondé. Il est vrai que le docteur a les traits de Richard Gere. Ceci peut expliquer cela. Au moment où commence le film, l’orage menace au-dessus du bon docteur, plein de charme et de compréhension pour toutes ces femmes outrageusement maquillées et vêtues, dont il connaît l’intimité. Son épouse (Farrah Fawcett) devient folle. On la retrouve dans une galerie marchande, se baignant nue dans une fontaine, sous le regard éberlué de ses congénères bardées de sacs attestant d’achats onéreux et constants dans les différents lieux de tentation de ladite galerie. Il faut l’enfermer, ce qui est fait, une docte psychiatre expliquant à son confrère que celle-ci fait une régression enfantine, tout simplement parce qu’elle est trop aimée, entourée, gâtée, chérie. Autre catastrophe, au moins du point de vue vestimentaire, le mariage de sa fille Dee-Dee (Kate Hudson). Tout irait pour le mieux, toutefois, si son autre fille, Connie (Tara Reid), par ailleurs guide sur le site de l’assassinat du président John Kennedy, ne lui apprenait que la demoiselle d’honneur (Liv Tyler) était la petite amie de Dee-Dee à l’université. Pour fuir des clientes par trop exigeantes et fidèles et une famille qui entre dans son bureau comme dans un moulin, sous la conduite de sa belle-sœur Peggy portée sur le champagne (Laura Dern), le Dr T. n’a d’autre échappatoire que le golf, le ball-trap et la chasse au canard – entre hommes. C’est sur le green qu’il rencontrera une femme, sans le moindre fard, qui lui fera oublier un temps son environnement vampirique, le professeur de golf Bree (Helen Hunt). Là où cela fait mal «Aimant sincèrement les femmes, il se croit obligé de faire tout son possible pour elles et finit par en faire trop», dit Robert Altman, du Dr T. Dr. T and the Women est l’«histoire d’un homme entouré de femmes, qui croit naïvement tout savoir d’elles mais qui ne les a jamais examinées par “le bon bout”, poursuit le cinéaste. Je crois qu’il aurait gagné à avoir davantage d’hommes dans sa famille ou son entourage». Pour autant, l’environnement masculin ne le cède en rien en ridicule au féminin. Les trois amis du docteur T. ne lui sont réellement d’aucun secours. Il est même tout à fait plaisant de les voir tous les quatre, camouflés comme des commandos, épiant le moindre canard débonnaire qui viendra lier connaissance avec les appelants de bois. Nul doute que le dernier pamphlet d’Altman, présenté en première mondiale à Venise vendredi dernier, fera grincer des dents aux États-Unis en octobre prochain. Mais le cinéaste de Trois femmes, Short Cuts ou du Player a l’habitude d’appuyer là où ça fait mal et la polémique ne lui fait pas peur, si même il n’y prend goût. De plus, il est sans exclusive, et son regard acéré, au propre comme au figuré, se porte aussi en dehors de son pays. Il suffit de se rappeler les réactions outrées du milieu de la haute couture parisienne lors de la sortie de Prêt-à-porter en 1994.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Federico Fellini avait sa vision de la «cité des femmes» ; Robert Altman a la sienne, tout aussi cauchemardesque. Celle du réalisateur de M*A*S* H*, Palme d’or du Festival de Cannes en 1970, est pourtant bien située sur l’atlas, à Dallas (Texas), et plus particulièrement dans le cabinet d’un gynécologue, le docteur Travis, dit Dr T., une appellation qui fait penser à un film de James Bond, mais la ressemblance s’arrête là. Ce cabinet est sans cesse bondé. Il est vrai que le docteur a les traits de Richard Gere. Ceci peut expliquer cela. Au moment où commence le film, l’orage menace au-dessus du bon docteur, plein de charme et de compréhension pour toutes ces femmes outrageusement maquillées et vêtues, dont il connaît l’intimité. Son épouse (Farrah Fawcett) devient folle. On la retrouve dans une galerie...