Un an après le retour à Berlin du gouvernement allemand, les ambassades regagnent progressivement leurs quartiers à Berlin, s’installant pour la plupart sur les lieux qu’elles occupaient avant-guerre. Les anciens pays amis des nazis, Italie, Japon et Espagne, retrouvent ainsi progressivement les bâtiments fascistes, érigés à la fin des années 1930 à l’orée du Tiegarten, le grand parc du centre-ville. L’architecte officiel du régime nazi, Albert Speer, avait entrepris à partir de 1937 un véritable réaménagement de la capitale, créant de gigantesques boulevards quitte à déplacer les constructions. Les ambassades des pays amis avaient été transférées dans le nouveau «quartier diplomatique», où certains propriétaires de terrains convoités s’étaient vu dépossédés de leurs biens. M. Speer avait ensuite nommé ses architectes favoris pour élever les nouvelles représentations diplomatiques. À la fin de la guerre, la plupart des bâtiments ont été partiellement bombardés puis laissés à l’état de ruine pendant des décennies, les ambassades ayant déménagé à Bonn. Considérés comme des monuments historiques, ils sont aujourd’hui rénovés presque à l’identique. «Ce sont les mêmes éléments avec quelques petites améliorations», indique l’un des maîtres-d’œuvre de l’ambassade du Japon, dont seule la façade était restée à peu près intacte. Le gouvernement de la ville-État «a tenu à ce que nous suivions les anciens plans», précise le porte-parole de l’ambassade, Yashusi Misawa. Un autre passé pèse sur la représentation diplomatique russe. Détruite pendant la guerre, elle a été reconstruite au même endroit entre 1949 et 1951 dans le pur style communiste sur l’avenue Unter den Linden, l’une des grandes artères de la ville, qui se trouvait alors à Berlin-Est. Monumentale, elle porte encore au fronton de plusieurs de ses fenêtres la faucille et le marteau, ainsi que quatre statues de travailleurs sur le faîte du bâtiment. L’ambassade britannique s’inscrit en revanche résolument dans la modernité. Certes, elle se trouve sur l’emplacement qu’elle occupait avant la guerre, dans une rue perpendiculaire à Unter den Linden. Mais le bâtiment ayant été complètement détruit par les bombardements, Londres a chargé un architecte contemporain, Michael Wilford, d’ériger un nouvel ensemble sans ressemblance avec l’ancien. L’édifice, inauguré en juillet, a troqué ses colonnes classiques du XIXe siècle pour une façade crème agrémentée d’un grand triangle bleu et d’un rectangle violet. Elle possède également une cour intérieure, sorte de jardin d’hiver destiné à des expositions. Les ambassades française et américaine sont en retard. La première, dessinée par l’architecte Christian de Portzamparc, devrait retrouver son emplacement historique sur la Pariser Platz, face à la Porte de Brandebourg, fin 2001-début 2002. Comme Londres, Paris estime que ce bâtiment «doit projeter une image résolument contemporaine». Les Américains, eux, ont posé de telles exigences de sécurité autour de leur nouvelle construction qu’ils ont provoqué le courroux du bourgmestre de Berlin, Eberhard Diepgen. Ils réclament une interdiction de circuler dans un périmètre de 30 mètres autour du futur édifice, situé au même endroit qu’avant-guerre. Accepter ces exigences obligerait à condamner deux rues menant à la Porte de Brandebourg, symbole s’il en est de la ville. Des problèmes qu’aimeraient bien avoir d’autres pays, notamment du tiers-monde. Près de 66 des 152 ambassades de ces nations sont en effet encore à Bonn. Faute de crédits, elles n’ont pu déménager.
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