«Je vais aux Jeux !». L’Américain Maurice Greene jubilait comme un gosse après sa victoire sur 100 m des sélections américaines, synonyme de première expérience olympique en septembre à Sydney. Tout détenteur du record du monde qu’il est, l’actuel patron du sprint connaît l’importance d’une telle consécration : «Je sais qu’un athlète est jugé principalement par ses performances olympiques et que si je me retire sans inscrire mon nom au palmarès des Jeux, beaucoup me situeront à un niveau inférieur aux Carl Lewis et Linford Christie. Mais je ne leur laisserai pas ce plaisir». Le 16 juin 1999 à Athènes, Greene surprit tout le monde en abaissant le record du monde à 9 sec 79/100, soit cinq centièmes de moins que le chrono du Canadien Donovan Bailey en finale d’Atlanta. L’écart le plus important depuis la mise en place du chronométrage électronique dans les années 60 ! Quelques mois plus tard, il ajoutait trois titres mondiaux à Séville, devenant alors le premier sprinteur à réaliser le doublé 100-200 m lors d’un sommet mondial. À la conclusion du relais 4x100 m victorieux, il annonçait un triplé identique à Sydney, ambition emportée par une blessure en finale du 200 m des «trials US». Sprinteur modeste, ce natif de Kansas City, qui a découvert l’athlétisme à l’âge de 8 ans, a fait des progrès remarquables durant les cinq dernières années, à partir d’une victoire sur Carl Lewis aux Texas Relays de 1995. Mais il échouait au 2e tour des championnats du monde la même année puis, perturbé par ses adducteurs, ne parvenait même pas en finale des sélections de 1996, contraint à suivre en spectateur les Jeux d’Atlanta. « No speed limit » Cet échec constituait un tournant décisif dans sa carrière. Il décidait alors de quitter son Kansas natal pour relier en voiture Los Angeles et rejoindre l’entraîneur John Smith et les sprinteurs Ato Boldon, le Trinidadien double médaillé de bronze (100-200 m) d’Atlanta, et Jon Drummond, un fantasque vétéran. Greene affirme que les constantes moqueries de ce duo devenu ami l’ont renforcé mentalement, le rendant plus déterminé à passer du statut de «sprinteur le plus rapide du Kansas» à celui «d’homme le plus rapide de la planète». Sous la houlette de Smith, qui analyse chacune de ses réactions, chacune de ses foulées, il glanait son premier titre national en 1997 puis sa première couronne mondiale à Athènes (9’’86), devenant le premier Américain à remporter un titre majeur sur 100 m depuis Lewis en 1991. Arrogant lorsqu’il roule des épaules sur la piste, Greene surprend par sa disponibilité auprès des fans, et principalement des enfants, lorsqu’il se mêle à la foule lors des sélections nationales. Sans gardes du corps ni limite pour répondre aux chasseurs d’autographes et de photos. L’occasion est trop belle pour leur réaffirmer qu’à 26 ans, il cherche toujours la course parfaite. Qu’il ne se fixe aucune limite chronométrique, comme le veut la devise du clan Smith (No speed limit), et que le record peut tomber à n’importe quelle occasion. Pourquoi pas à Sydney!
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