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Actualités - Chronologie

Sénégal Les fonctionnaires pris au piège des usuriers

L’usure, prêt à des taux d’intérêt excessifs, prend une ampleur inquiétante chez les fonctionnaires sénégalais, souvent contraints de se surendetter auprès de riches commerçants pour boucler leurs fins de mois. En raison de la modicité des salaires et de la faiblesse de l’épargne, la pratique de l’usure s’est largement développée dans le pays, où plus de 95 % de la population se réclame de l’islam, religion qui l’interdit pourtant formellement. Selon des «victimes» de l’usure, plus d’un tiers des 66 000 agents de la fonction publique auraient recours aux usuriers, qu’ils sollicitent pour faire face aux urgences (loyers, factures, scolarité des enfants, baptêmes, funérailles) ou acheter des biens d’équipement qu’ils remboursent par mensualités. «Nous ne sommes pas en mesure de recenser» combien d’agents ont recours à ce type d’emprunt, «nous découvrons chaque jour de nouveaux contentieux», déclare Oumar Ndiaye, chef de service aux chèques postaux, où sont virés les salaires de 1 600 fonctionnaires. Dans certains cas, plus de 60 % du salaire sert à payer les créanciers, indique un responsable de la direction de la Solde au ministère des Finances. «J’ai 250 000 F Cfa (2 500 FF) de salaire brut, mais avec toutes les ponctions, je me retrouve avec 49 000 F Cfa (490 FF) perçus en août», déclare Alioune, cadre administratif dans un ministère. «Cela fait 12 ans que je n’ai pas touché l’intégralité de mon salaire», se désole Iba Sarr, agent sanitaire dans un hôpital. «Un père s’endettera à n’importe quelle condition pour soigner son fils», ajoute-t-il, exhibant son relevé de compte avec un net perçu en juillet de 7 470 F Cfa (74,70 FF), presque 5 fois moins que le Smig. Quand un salarié veut emprunter de l’argent, il accepte que soit prélevée directement sur son compte une somme à virer sur celui de son créancier, jusqu’à extinction de la dette. L’emprunteur est vite pris dans le cercle vicieux des dettes qui s’accumulent et des échéances qui se chevauchent, les taux d’intérêt pratiqués étant tels que les sommes remboursées sont parfois le double de celles empruntées. Les commerçants, principaux créanciers, qui refusent d’être qualifiés d’usuriers, utilisent aussi la technique de la vente à crédit d’articles dont le salarié n’a nul besoin, mais qu’il revend afin de se procurer de l’argent liquide. Ainsi, un article coûtant 700 FF sera remboursé 1 200 FF par le salarié, qui n’aura pu le revendre que 500 FF à des acquéreurs à l’affût des bonnes affaires et souvent complices du commerçant. La mise en place l’année dernière d’une «Commission nationale contre l’usure», regroupant travailleurs, créanciers et État, illustre à quel point le mal a gangrené la société sénégalaise. Début juillet, le président Abdoulaye Wade est lui-même intervenu, demandant à son ministre des Finances de mettre fin à ces pratiques. Une «amicale des travailleurs victimes de l’usure», regroupant les fonctionnaires surendettés, a elle aussi été créée et demande l’annulation pure et simple des dettes «usuraires». Les autorités sont sensibles à leur cause, mais ont du mal à empiéter sur les prérogatives de la justice, saisie de nombreux contentieux entre commerçants et fonctionnaires. «Il existe pourtant un arsenal juridique pour sanctionner les coupables», estime Madièye Mbodj, président de la Commission contre l’usure. Mais la justice a du mal à trancher, dans un domaine où la preuve est difficile à apporter.
L’usure, prêt à des taux d’intérêt excessifs, prend une ampleur inquiétante chez les fonctionnaires sénégalais, souvent contraints de se surendetter auprès de riches commerçants pour boucler leurs fins de mois. En raison de la modicité des salaires et de la faiblesse de l’épargne, la pratique de l’usure s’est largement développée dans le pays, où plus de 95 % de la population se réclame de l’islam, religion qui l’interdit pourtant formellement. Selon des «victimes» de l’usure, plus d’un tiers des 66 000 agents de la fonction publique auraient recours aux usuriers, qu’ils sollicitent pour faire face aux urgences (loyers, factures, scolarité des enfants, baptêmes, funérailles) ou acheter des biens d’équipement qu’ils remboursent par mensualités. «Nous ne sommes pas en mesure de recenser»...