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Actualités - Opinion

Le poids des maux

Faute de tout démenti ou même de velléités d’éclaircissements de la part de l’intéressé, il nous paraît essentiel de revenir sur les ahurissants propos tenus devant ses visiteurs par le ministre de l’Intérieur, et dont s’était fait l’écho mercredi notre confrère As-Safir. Ce qu’a affirmé M. Michel Murr, rappelons-le, c’est que Rafic Hariri aurait beau recueillir une majorité parlementaire favorable à sa désignation comme Premier ministre, que cela ne suffirait nullement à lui garantir son come-back au Sérail, comme le stipule clairement pourtant la Constitution : la raison en étant qu’il lui faudrait encore, et surtout, l’aval de la Syrie. Car la Syrie, nous explique M. Murr, répugne à l’émergence de puissants blocs dans son protectorat libanais : motif pour lequel d’ailleurs la capitale, ne craint-il pas d’avouer sans l’ombre d’un complexe, a été divisée (par ses propres soins, bien entendu) en trois circonscriptions. Hariri réussirait-il quand même donc son triplé beyrouthin, comme il n’est pas interdit de le croire, que cet exploit ne ferait que l’éloigner du pouvoir, plutôt que de l’en rapprocher ! Ce journal a déjà relevé, dans son édition d’hier, la phénoménale, l’effarante incongruité de ces déclarations. Que Damas ait son mot à dire – son mot, et même plus – dans le choix d’un Premier ministre ou même d’un président de la République libanais, n’est après tout qu’une lapalissade : les choses étant ce qu’elles sont, nombreux sont même les fonctionnaires, hauts et moins hauts, qui ne doivent leur poste qu’à ce genre de recommandation. M. Murr ne nous apprend donc rien en la matière. Ce qu’il nous apprend crûment en revanche, du haut de sa charge ministérielle et vice-présidentielle, c’est que la Constitution libanaise, qui a pourtant coûté plus de cent mille morts à la nation, n’est qu’un vulgaire chiffon de papier et que, le cas échéant, ce chiffon doit nécessairement céder le pas aux desidarata de Damas. Battus, enfoncés, tous les records de zèle dans la «coordination» homologués durant les dix dernières années ! Ce que dit M. Murr aux électeurs de dimanche prochain c’est, en clair, ceci : «Pas la peine d’aller voter, vos suffrages et même ceux de vos élus ne valent pas peau de banane, car c’est la Syrie qui décide pour nous tous». D’autant plus choquant est ce souverain mépris des dispositions constitutionnelles que le scénario dont la seule évocation pousse le ministre à de telles extrémités reste en réalité assez hypothétique, compte tenu en effet de la sensibilité maintes fois éprouvée du Parlement – et plus généralement de la classe politique libanaise – face à ces mêmes desidarata. Si bien que l’insolent affront porté à la Constitution était, aussi, passablement gratuit. Car en dépit des signes de changement perceptibles depuis peu, il est hautement improbable qu’une majorité de députés se prononce pour le choix d’un Premier ministre, quel qu’il soit, s’il leur faut pour cela braver un quelconque mot d’ordre syrien. Là n’est pas la question donc, une fois de plus, mais dans cette incroyable conception de la primauté de la loi – de la mère de toutes les lois – qui est celle d’un des plus hauts responsables de la République. Que cet extraordinaire épisode ait eu le triste mérite d’apporter la touche finale à l’image que se fait du ministre l’écrasante majorité de l’opinion publique ne remédie en rien au gâchis. Après toutes les outrances qui ont précédé, accompagné et suivi le premier round des élections – c’est là le plus déplorable –, cette affaire peut porter un nouveau et grave préjudice au palais de Baabda : Baabda dont le pensionnaire, le président Émile Lahoud, a promis aux citoyens la primauté de la loi et l’avènement de l’État des institutions ; Baabda qui héberge l’arbitre suprême de la nation, le gardien de la Constitution, l’homme dont le peuple attend qu’il ne tolère aucun doute, fût-il le fait d’un des plus proches de ses proches, sur sa volonté de respecter les textes en toute circonstance, de sauvegarder la démocratie, d’en respecter les règles de base ; Baabda encore, qui risque de paraître tolérer, sinon de cautionner, des agissements et des déclarations publiques en contradiction totale avec le discours-programme de novembre 1998, lequel avait soulevé l’enthousiasme de tous les Libanais ; Baabda enfin, dont on peut regretter qu’on n’y ait pas entrepris, toutes affaires cessantes, de corriger le tir intempestif de celui qui s’est érigé en héraut du régime. En cette phase de renouveau politique, un renouveau qui n’épargne pas même la Syrie, redonnez aux citoyens, Monsieur le Président, ces citoyens dont vous gardez l’immense confiance, la foi en un Liban meilleur. Bien des tabous sont levés, de tenaces barrières tombent enfin entre Libanais. Au pouvoir il appartient de nourrir sans relâche cette confiance, de se mettre à l’écoute de la nation, de s’ouvrir à tous. D’arrêter de s’emmur(r)er enfin.
Faute de tout démenti ou même de velléités d’éclaircissements de la part de l’intéressé, il nous paraît essentiel de revenir sur les ahurissants propos tenus devant ses visiteurs par le ministre de l’Intérieur, et dont s’était fait l’écho mercredi notre confrère As-Safir. Ce qu’a affirmé M. Michel Murr, rappelons-le, c’est que Rafic Hariri aurait beau recueillir une majorité parlementaire favorable à sa désignation comme Premier ministre, que cela ne suffirait nullement à lui garantir son come-back au Sérail, comme le stipule clairement pourtant la Constitution : la raison en étant qu’il lui faudrait encore, et surtout, l’aval de la Syrie. Car la Syrie, nous explique M. Murr, répugne à l’émergence de puissants blocs dans son protectorat libanais : motif pour lequel d’ailleurs la capitale, ne...