Qu’il soit jean, treillis, boggy ou smoking, le pantalon à lui seul symbolise la longue marche des femmes vers leur libération. Si aujourd’hui nul regard ne s’attarde sur une femme «portant culotte», il a fallu un long parcours de lutte et de revendications pour acquérir ce droit suprême au confort. Si le pantalon a aujourd’hui le plein droit de cité dans la vie quotidienne pour les femmes, il a fallu un long combat pour en arracher ce droit. Son aventure, proche d’une épopée, fait de ce vêtement un symbole. Le pantalon est bien plus qu’une pièce d’habillement et certainement pas un simple effet de mode. Il y a aujourd’hui des femmes réputées pour leur élégance qui vivent depuis des années en pantalon. Au nom du droit au mouvement, à celui de la fonction et de la protection du corps, ce vêtement a parcouru les époques en fixant son image, devenant le compagnon indispensable des unes et des autres. Il fixe aujourd’hui les étapes du XXe siècle qui ont permis aux femmes actuelles de jouir d’une liberté, y compris celle des mouvements, que leurs aïeules n’ont jamais connue... Dans les années 1900-1910, en Europe, dans les pays les plus «affranchis» une femme n’avait le droit de se mettre en pantalon que pour monter à cheval. Un peu plus tard, on ajouta la bicyclette à la monture vivante comme raison à cet «absurde déguisement vestimentaire», selon les commentaires des journaux de l’époque. Des excentriques, quelques marginales, des «cocottes» notoires et des amazones baladeuses osent braver les regards sourcilleux, en se montrant publiquement en pantalon sur les lieux de promenade. Ce sont des pionnières souvent bravant les interdictions pour réclamer plus de liberté pour les femmes. Ces «exaltées» oseront même réclamer dans la foulée des droits civiques strictement réservés aux hommes! Les «dames bien» à l’ombre de leurs capelines, enfouies sous leurs volants, sont loin de semblables préoccupations. C’est par le biais du sport qu’elles seront menées à l’adoption du pantalon. La maison Hermès commercialise des culottes pour le golf et le ski. Paul Poiret, le pape de la haute couture, celui même qui a aboli le corset, lance au bal des Mille et une Nuits, porté par son épouse, le pantalon de harem... La Première Guerre mondiale, celle de 14-18, s’était déjà chargée de forcer les femmes qui travaillaient en usine, à la place des hommes partis au front, de se mettre «en culotte». Rentrées dans leurs foyers, après l’armistice, elles reviennent à leurs fourneaux et leurs jupes. Mais c’est alors que Coco Chanel, avant-gardiste géniale, se met à dessiner des pantalons à pont en jersey souple, lançant une nouvelle allure, séduisante et ambiguë, oscillant entre féminin et masculin. Les avant-gardistes foncent à toute vitesse... La Seconde Guerre mondiale se chargera de populariser le pantalon, l’imposant même, par la force des choses, aux «soldates» et aux auxiliaires. Durant les années qui vont suivre, les intellos des deux sexes adoptent jean et pantalons de velours comme seconde peau. L’avénement du lycra et les caleçons (confortables, seyants et bon marché) se chargeront de convertir les foules féminines au culte de la culotte. Hollywood de son côté consacre, par des films-culte, le port du pantalon. Les conditions de vie, l’évolution des mentalités, la chasse au confort et à l’efficacité feront le reste. L’égalité des sexes revendiquée à hauts cris trouve dans ce vêtement arraché aux hommes un symbole rêvé... Pour les snobs, il illustre le «casual» par excellence. Pour les femmes au travail, une tenue de choix. Pour les pauvres, c’est un parfait cache-misère. Pour les riches, un excellent «mis en valeur». Pour les jeunes un «must». Pour les vieux «un refuge». Faut-il donc s’étonner quand on prétend que le pantalon est par excellence l’habit des temps modernes?
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