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Actualités - Opinion

L'indécence

Voilà ce que je vous propose, mesdames et messieurs. Mesdames et messieurs qui vous insurgez contre sa décision de retrouver son lit. Ses draps. Sa peluche. Son appartement-cocon qu’elle a elle-même décoré. Ses amis. Mesdames et messieurs qui téléphonez par dizaines aux journaux pour pousser les hauts cris et oser protester contre son retour chez elle. Chez elle. Mesdames et messieurs, vous qui lui crachez le mot irrespect au visage, persuadés que vous êtes que c’est le gouvernement libanais qui l’a libérée. Mais c’est la moindre des choses qu’une délégation officielle fasse le déplacement lorsqu’un otage est libéré, vous le savez, n’est-ce pas ? Comme vous savez pertinemment qu’elle est Française maintenant. Aussi. Comme vous avez certainement dû la lire, l’entendre même dire qu’elle voulait être «à la hauteur de l’idée que les Libanais se faisaient d’elle» Mesdames et messieurs qui pérorez dans tout Beyrouth, en vous occupant comme vous le pouvez de ce qui ne vous regarde absolument pas, de ses histoires de famille, en lui reprochant d’avoir pensé à elle, d’abord, en lui reprochant de n’avoir pas choisi, pour dévorer la liberté, sa liberté, la destination que vous aviez déjà choisie pour elle. Mesdames et messieurs, vous qui agissez avec la plus grande des indécences, la plus grave, ce que je vous propose est simple. Très simple. Planifiez donc les vacances de votre vie. Rêvez pendant des jours et des nuits des plus beaux sites de plongée. Faites-vous enlever par des fanatiques sanguinaires et drogués dont le chef s’appelle Robot. Passez donc, mesdames et messieurs, 128 jours otages en pleine jungle. Dans la terreur. Dans l’horreur. Dans la merde et la sueur, votre crâne à portée de leurs armes. Des insectes qui grouillent. Et les trois grains de riz que l’on veut bien vous donner. Et vos nerfs qui craquent, et les maladies, et... Non mesdames et messieurs, personne n’envoie les violons. Sauf que Marie Moarbès n’est ni Sharon Stone ni la reine d’Angleterre. Marie Moarbès n’est pas une personne publique. Aujourd’hui Marie Moarbès a le droit de faire ce qu’elle veut. Vous avez certainement vibré avec elle, mesdames et messieurs, vous vous êtes tus d’admiration devant son courage, sa force, son abnégation. Elle le sait. Sans doute est-elle pleine de reconnaissance. Alors ne soyez pas indécents. Ni égoïstes. Et foutez-lui la paix maintenant. C’est la moindre des choses.
Voilà ce que je vous propose, mesdames et messieurs. Mesdames et messieurs qui vous insurgez contre sa décision de retrouver son lit. Ses draps. Sa peluche. Son appartement-cocon qu’elle a elle-même décoré. Ses amis. Mesdames et messieurs qui téléphonez par dizaines aux journaux pour pousser les hauts cris et oser protester contre son retour chez elle. Chez elle. Mesdames et messieurs, vous qui lui crachez le mot irrespect au visage, persuadés que vous êtes que c’est le gouvernement libanais qui l’a libérée. Mais c’est la moindre des choses qu’une délégation officielle fasse le déplacement lorsqu’un otage est libéré, vous le savez, n’est-ce pas ? Comme vous savez pertinemment qu’elle est Française maintenant. Aussi. Comme vous avez certainement dû la lire, l’entendre même dire qu’elle voulait être...