Tripoli, deuxième ville du Liban, est surtout connue pour son port, son «halawet el-jeben» et ses vieux souks. Mais la cité nordiste est également réputée pour son artisanat séculaire : savonniers, tourneurs de cuivre, apothicaires, herboristes, parfumeurs ou encore couturiers arabes continuent de perpétuer, à l’ombre des «khans» vétustes, un savoir-faire transmis de père en fils… Promenade au cœur des vieilles ruelles pavées. Des savons colorés par dizaines, parfumés au jasmin, au laurier, à la rose, à la lavande ou au miel, pour ne citer qu’eux. Tous sont confectionnés selon la recette ancienne, et la famille Hassoun est fière d’en être l’unique héritière à Tripoli. «L’essentiel, c’est la pureté de l’huile d’olive et le respect de temps de cuisson», expliquent Badr Hassoun et son fils Amir. Le savon est encore réalisé à la main, sans l’aide d’aucune machine qui pourrait remplacer la main-d’œuvre. D’où un prix assez coûteux (5 000 LL la boule ou le bloc), que l’artisan justifie par «une volonté de respecter la tradition et de conserver le savoir-faire». Les Hassoun, installés dans un magnifique khan avec une cour datant du XVe siècle, sont à Tripoli depuis 500 ans. Très entreprenants, ils connaissent leur histoire sur le bout des doigts et ont confectionné une petite brochure qui raconte en quatre langues (français, anglais, espagnol et arabe) les débuts de l’existence du savon : «La légende veut qu’Adonis, de passage à Tripoli, ait acheté du savon pour Astarté, la femme qu’il aimait», précise Badr Hassoun. Le savon, carte d’identité Celui-ci est le producteur des ingrédients nécessaires à la réalisation de son produit : l’huile d’olive bien sûr, mais aussi le miel et la lavande. Autre ingrédient inclus dans la composition du savon : la soude caustique, uniquement utilisée pour le savon ménager. Pour la couleur, sont employés le henné, qui donne un rouge ocre, le safran, un jaune ocre, et l’huile d’olive, une fois encore, qui offre une palette variée : l’huile pure est blanche, tandis que le noyau produit le vert et le résidu du beige. «Le savon de base nécessite une seule cuisson», explique Badr Hassoun. «Quant au savon aromatisé, il en demande trois : une première, celle qui mélange l’huile avec la savonine. Le liquide sèche ensuite à l’air entre six mois et un an. Lorsqu’il a durci, il est remis en poudre pour la deuxième cuisson à la vapeur. On ajoute à cette poudre les herbes aromatiques, le miel et les autres ingrédients parfumés. La troisième cuisson, qui dure entre 24 et 48 heures, est très lente. Le savon est prêt et il sèche rapidement. Il sera coupé en blocs et taillé en carrés ou en boules». La forme arrondie est une tradition tripolitaine : elle était glissée dans les trousseaux des mariées pour témoigner de la propreté des jeunes femmes. Sept huiles différentes Face à une demande internationale croissante lancée par les touristes de Tripoli, les Hassoun exportent leurs savons traditionnels en Europe, aux États-Unis et au Japon, à travers une association d’artisans du Liban-Nord, dont Badr Hassoun est le président : «Nous devons notre célébrité grâce à la “thérapie par l’arôme” (Aroma Therapy), que nous appliquons depuis son invention, très ancienne, par les Grecs et les médecins arabes, ajoute le savonnier. Par exemple, le jasmin a des vertus relaxantes, tandis que la fleur réveille le désir et le miel les rêves». Les savons Hassoun se vendent comme des petits pains, surtout celui qui, composé à partir de 7 huiles différentes, lutte contre les cheveux secs et tombants. Les recherches vont aussi bon train : après avoir expérimenté l’huile de laitue, d’amande, de laurier, de grains de raisin et de blé ou de pavot, les Hassoun travaillent actuellement sur l’huile d’anis. Pour qu’une tradition ne s’éteigne pas.
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