La perspective d’un abandon du sous-marin nucléaire Koursk au fond de la mer de Barents, faute d’un renflouage de l’épave dans les semaines à venir, alimente les craintes de fuites radioactives dans des eaux déjà transformées en poubelle nucléaire. Les autorités russes ont affirmé que le réacteur du Koursk, prisonnier de l’épave par 108 mètres de fond, ne présenterait aucun danger de contamination «durant plusieurs centaines d’années». «Les systèmes de protection ont fonctionné jusqu’à présent. Le réacteur est intact, éteint», a réaffirmé le ministre russe de l’Énergie atomique, Evgueni Adamov. Depuis l’accident du 12 août, experts russes et étrangers se sont pourtant montrés très circonspects, excluant pour la plupart un accident nucléaire ou une catastrophe écologique, mais pas des fuites radioactives. La marine russe a démenti une information donnée par des météorologistes de Mourmansk, sur la mer de Barents, faisant état d’une «légère augmentation» de la radioactivité dans la région. Après l’accident, les responsables de la marine avaient reconnu ne disposer d’aucune information sur la situation à bord, et donc sur l’état du réacteur, ce qui a alimenté les doutes des scientifiques. «Pour l’instant, tous les indices révèlent une situation normale. Mais il est nécessaire d’effectuer un examen supplémentaire sur le sous-marin», a expliqué Nikolaï Ponomariov-Stepovoï, vice-président de l’institut Kourtchatov, le principal centre russe de recherche nucléaire, qui a envoyé des scientifiques en mer de Barents dès le 14 août, deux jours après l’accident. Plusieurs experts ont affirmé que le réacteur du Koursk, même arrêté, pouvait continuer à présenter des risques de fuite ou même d’explosion s’il n’était pas refroidi. Alexeï Iablokov, un expert indépendant qui fut conseiller de l’ancien président Boris Eltsine pour l’écologie, assure cependant «qu’il n’y aura pas de nouveau Tchernobyl». «Le réacteur s’est débranché automatiquement, la réaction en chaîne est arrêtée. On peut espérer son refroidissement naturel grâce à l’eau de mer», a expliqué M. Iablokov. Cet expert souligne en revanche qu’il existe «un danger de radioactivité», d’une ampleur encore imprévisible. «Il faudra assurer la sécurité des gens qui travailleront au renflouage et, dans le pire des cas, suivre la propagation de la radioactivité à travers les courants», prévoit M. Iablokov, estimant que «la côte dans la région de Mourmansk et le nord de la mer de Norvège peuvent être menacés». Il préconise donc un renflouage de l’épave, sans danger, selon lui. Une opinion contredite par Dmitri Romanov, l’un des responsables du bureau d’études Roubine, constructeur du Koursk, chargé d’élaborer un plan de renflouage. «Le sous-marin risque de se retourner, et la réaction nucléaire pourrait recommencer. En pareil cas, personne ne garantirait la sécurité du réacteur», a averti M. Romanov. Parmi les solutions sur l’avenir de cette encombrante épave, les Russes envisagent de laisser le Koursk au fond de la mer, et de lutter contre les fuites radioactives en bouchant les fissures à l’aide de matériaux spéciaux. Une technique déjà utilisée sur le Komsomolets, un sous-marin nucléaire soviétique échoué en mer de Norvège, par 1 600 mètres de fond, depuis le 7 avril 1989, et toujours sous étroite surveillance des spécialistes russes et norvégiens. Le Koursk s’ajouterait alors aux trois navires de guerre, aux deux brise-glaces et à la centaine de sous-marins nucléaires hors service, tous soviétiques, qui polluent les ports et le fond de la mer de Barents, selon l’Institut français de protection et de sûreté nucléaire (IPSN).
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