Le dollar a surpassé la plupart des principales devises ces dernières années, soutenu par la forte croissance américaine, mais l’élection présidentielle de novembre risque de lui jouer un mauvais tour. Une croissance record et ses retombées sur Wall Street ont attiré toujours plus d’investisseurs européens, entraînant une demande constante de dollars. Mais les réformes fiscales et les politiques commerciales annoncées par le candidat démocrate Al Gore et son rival républicain George W. Bush portent en elles des menaces pour le billet vert, disent des stratégistes. Le principal sujet économique de l’élection se concentre pour l’instant sur l’utilisation prévue par les candidats de l’excédent budgétaire prévu aux États-Unis. Bush, gouverneur du Texas, propose un plan de réduction de $1 300 milliards sur dix ans tandis que le vice-président Gore suggère des réductions d’impôts plus modestes de $500 milliards sur la même période. Les analystes sont divisés sur le fait de savoir si des réductions d’impôts plus importantes seraient favorables au dollar. Alors que la croissance est solide et que des baisses d’impôts plus importantes devraient en toute logique soutenir l’économie, l’expansion américaine pourrait être menacée si les mesures fiscales incitaient la Réserve fédérale à relever les taux. «Bush propose davantage de mesures de soutien budgétaire sous la forme de réductions d’impôts que Gore. Et habituellement, quand des mesures de soutien budgétaire ont lieu dans un contexte monétaire plutôt resserré, la devise s’apprécie», note Karen Parker, de Chase Securities. Mais «la Fed relèvera ses taux en cas de réduction d’impôt et cela compliquera la tâche des marchés d’actions et probablement aussi des marchés obligataires», prédit Carl Weinberg, de High Frequency Economics. «Je prévois donc des conséquences négatives pour le dollar». Politique commerciale, déficit Les flux commerciaux sont au centre de la vigueur d’une devise. Toute modification de la politique commerciale introduite par une nouvelle administration devrait donc avoir un impact concret sur le dollar. Une victoire de Gore, surtout si elle est accompagnée par une prise de contrôle du Congrès par les démocrates, pourrait entraîner de nouvelles réglementations qui auraient une influence négative sur le commerce et pèseraient sur le dollar, disent des analystes de Fleet. Gore est soutenu par de grands mouvements favorables à l’environnement et par nombre de dirigeants syndicaux. «Des réglementations sur le commerce, des réglementations sur l’environnement, une hausse du pouvoir des syndicats – tous ces facteurs rendront les investissements étrangers aux États-Unis moins attractifs et c’est ce type d’investissement qui soutient le dollar», dit Anderson (Fleet). Mais la réglementation plus légère qui pourrait être attendue de Bush ne garantirait pas nécessairement un dollar fort, en particulier si les républicains conservent la majorité aux deux Chambres du Congrès. L’énorme déficit commercial américain, qui a atteint un record de $102,30 milliards au premier trimestre, porte en lui une menace potentielle pour le dollar. De gigantesques flux d’investissement vers les États-Unis sont nécessaires pour financer le fossé et des économistes disent que le dollar pâtirait inévitablement d’un tarissement de ces flux. Si les réductions d’impôts de Bush entament de manière significative l’excédent budgétaire, le contrecoup pour le dollar, prédit depuis longtemps, pourrait se concrétiser, note Anderson. «La raison pour laquelle le marché souhaite laisser les États-Unis maintenir un tel déficit courant est parce qu’il est compensé par un excédent budgétaire, dit Anderson. Et si cet excédent budgétaire disparaissait, nous ne pensons pas que le marché accepterait un déficit aussi important et cela pèserait sur le dollar». Psychologie du « dollar fort » D’un point de vue purement psychologique, rien que l’idée d’un changement de politique pourrait affecter le dollar, au moins à court terme, disent des économistes. Les cambistes haussiers vis-à-vis du dollar (les «bulls») ont apprécié le soutient de l’Administration Clinton à la politique du «dollar fort», partant de l’idée que la vigueur du dollar contribue à maîtriser l’inflation. «Dans le cas de Bush, cela pourrait être négatif à court terme parce qu’il amène une nouvelle équipe et qu’il y aura des incertitudes sur le fait de savoir s’il continuera ou non la politique du dollar fort ou s’il y aura des changements, ajoute Parker. Gore aurait pour lui la continuité». Des économistes suggèrent que Bush pourrait même éviter intentionnellement de soutenir le dollar fort de manière explicite, ce qui permettrait à la devise de s’affaiblir pour contribuer à équilibrer le déficit commercial. Mais d’autres économistes arguent que l’actuelle vigueur du dollar ces temps-ci rend la question de la politique du dollar fort sans objet pour les marchés. «Même l’Administration Clinton ne met plus en avant les vertus du dollar fort pour l’économie américaine parce que c’est évident, nous avons déjà un dollar fort, dit Weinberg. Je ne peux pas imaginer que ce soit une question de premier plan».
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