La réduction du déficit budgétaire est l’une des priorités affichées par le gouvernement. L’objectif a été atteint l’année dernière, puisque les résultats ont été meilleurs que les prévisions, mais, cette année, les choses s’annoncent mal. Sur les six premiers mois de l’année, le déficit budgétaire est de 46 %, soit neuf points de plus que prévu. Quant au déficit total, incluant les opérations du Trésor, il atteint déjà 53 % des dépenses. Même si le ministre des Finances espère toujours un renversement de tendance en fin d’année, comme cela s’était produit en 1999, le succès est loin d’être garanti. Le problème conduit Sami Atallah, économiste au Lebanese Center for Policy Studies (LCPS), à s’interroger sur les mécanismes institutionnels qui permettent au Liban d’influer sur les finances publiques. Traditionnellement, il existe trois sources d’autorité pour contrôler le budget. Celui-ci dépend en premier du lieu du pouvoir du ministère des Finances. À défaut, ou de façon complémentaire, la réduction du budget correspond à une volonté forte incluse dans le programme du gouvernement, elle relève donc d’une volonté politique collégiale. Enfin, il existe parfois des contraintes légales ou constitutionnelles qui s’imposent au gouvernement en matière budgétaire. C’est le cas par exemple du traité de Maastricht qui oblige les pays membres de l’Union monétaire européenne à afficher un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB. Or au Liban, aucun de ces moyens n’est efficace. Il n’existe tout simplement pas de texte législatif ou constitutionnel. Le pouvoir du ministre des Finances est très limité. Quant à la volonté de l’exécutif, elle est entravée par les divisions du Conseil des ministres. La loi libanaise n’accorde pas beaucoup de prérogatives au ministre des Finances, explique Sami Atallah. Chaque ministre prépare son budget de son côté et le ministre des Finances n’a pas le pouvoir de leur imposer ses vues. Les arbitrages se font en Conseil des ministres. «En Allemagne par exemple, les arbitrages se font aussi en Conseil, mais le ministre des Finances a un droit de veto». Le problème du Conseil des ministres au Liban, poursuit Sami Atallah, est son manque de cohérence. Sa formation repose sur une base confessionnelle, elle ne correspond pas du tout à un programme politique, social ou économique déterminé. C’est pourquoi ses décisions sont souvent le fruit de compromis, en matière financière notamment. «Avant Taëf, le pouvoir exécutif était concentré entre les mains du président. Mais à partir de 1990, un transfert s’est effectué au profit du Conseil des ministres rendant la décision politique beaucoup moins efficace». D’autant que la question du déficit se pose pour la première fois de façon aussi aiguë. «Le gouvernement n’a jamais eu à faire face à un tel problème économique. Le Liban a connu beaucoup de problèmes politiques bien entendu, mais en matière économique il a été relativement prospère sans trop y réfléchir, c’est d’ailleurs ce qui a provoqué de grandes disparités sociales». À l’exception d’une seule année, le budget a toujours été excédentaire entre 1944 et 1960. À partir de cette date, le pays a commencé à enregistrer parfois des déficits, sous l’effet de la politique engagée par le président Fouad Chéhab. Mais dans l’ensemble, les résultats budgétaires étaient plus ou moins équilibrés, une année excédentaire faisant suite à un exercice déficitaire. Bien entendu, la situation s’est détériorée pendant la guerre, essentiellement en raison de la chute des recettes. Quant à la période de reconstruction, elle a été menée tambour battant sans souci de l’équilibre des finances publiques. «La situation est aujourd’hui intéressante du point de vue institutionnel. Il s’agit de voir comment réagit l’exécutif face à un défi nouveau». Sibylle RIZK
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La réduction du déficit budgétaire est l’une des priorités affichées par le gouvernement. L’objectif a été atteint l’année dernière, puisque les résultats ont été meilleurs que les prévisions, mais, cette année, les choses s’annoncent mal. Sur les six premiers mois de l’année, le déficit budgétaire est de 46 %, soit neuf points de plus que prévu. Quant au déficit total, incluant les opérations du Trésor, il atteint déjà 53 % des dépenses. Même si le ministre des Finances espère toujours un renversement de tendance en fin d’année, comme cela s’était produit en 1999, le succès est loin d’être garanti. Le problème conduit Sami Atallah, économiste au Lebanese Center for Policy Studies (LCPS), à s’interroger sur les mécanismes institutionnels qui permettent au Liban d’influer sur les...