No paseran : ils ne passeront pas. Le Sérail, derechef assiégé par Hariri, se transforme en forteresse, comme jadis la République espagnole contre Franco. La principale canonnière, c’est bien entendu Télé-Liban, qui n’a pas l’air de craindre le retour... de bâton. Médusé, mais bien plus alarmé que diverti, le public suit de près ce nouveau feuilleton qui l’emporte par son actualité (brûlante) sur toutes les séries doublées hispanisantes. Les médias haririens, qui parlent d’hystérie, ne sont du reste pas en reste d’amabilités. Et l’un des thèmes les plus étranges, comme les plus puérils, de ce match est que chaque camp accuse l’autre «d’avoir commencé», comme dans une cour d’école. C’est dire qu’on ne joue pas là chez les grands. Mais la fin justifie les (petits) moyens : à tort ou à raison, les loyalistes pensent qu’en affaiblissant électoralement l’ancien président du Conseil, on pourrait l’empêcher de se succéder à lui-même après l’intermède Hoss. Un vétéran s’émerveille «de la vitalité soudaine des médias officiels. On n’avait jamais vu Télé-Liban avoir tant de mordant. Il lui est certes arrivé, c’est même une constante chez elle, de faire montre de partialité et de servir docilement les gens en place. On se rappelle ainsi, entre autres exploits restés fameux, qu’elle n’avait pas manqué en 94 de rouer de coups l’homme à terre, Geagea. Mais sans jamais atteindre les abysses de virulence quasi diffamatoires qu’on enregistre aujourd’hui». «C’est une bien piètre image de démocratie, juge ce professionnel, que la télé officielle nous donne en oubliant qu’elle est publique, c’est-à-dire qu’elle doit soigneusement se tenir à égale distance de toutes les parties politiques en conflit. Ce que le Libanais a le droit de recevoir à l’antenne, c’est le point de vue de tous les camps en présence, en temps de diffusion également réparti. Télé-Liban continue sur sa lancée malgré toutes les dénonciations dont son comportement fait l’objet, même de la part des amis du pouvoir. Cette obstination nous paraît mal venue pour M. Hoss, car elle déteint sur son image de démocrate vu qu’à tort ou à raison, on lui reproche d’être derrière ces agissements ou, à tout le moins, de laisser faire. D’autant qu’il est le premier à avoir intérêt à ce que les plans de M. Hariri soient contrés». Une autre source, allant plus loin, estime que «la campagne contre M. Hariri englobe les élections et, en même temps, les déborde. Pour le moment, elle vise à l’empêcher de se retrouver à la tête d’une forte coalition parlementaire. Ensuite, elle se poursuivra avec encore plus d’intensité pendant la période de gestation du prochain Cabinet, pour tenter de lui barrer la route du Sérail. C’est un objectif pratiquement vital pour ceux qui se sont lancés dans cette aventure. Car il est évident que M. Hariri ferait place nette à Télé-Liban comme dans les autres médias officiels s’il devait retrouver le bâton de commandement». Mais un député pense pour sa part que «si M. Hariri revient, il aurait plutôt tendance à passer l’éponge et ne ferait sauter que quelques symboles qui se sont trop mis en avant. Il aurait du reste intérêt à se montrer magnanime : le personnel concerné serait encore mieux à ses ordres. Et cela lui éviterait, à bon compte, une pomme de discorde avec les loyalistes qui se réclament du régime plutôt que de M. Hoss et qui ne seraient pas adeptes du nettoyage. À moins, bien entendu, qu’on n’encourage exprès les dérapages actuels pour pouvoir plus facilement ouvrir ensuite le dossier de l’information officielle qui laisse tant à désirer. En tout cas, on ne doit pas oublier que les fidèles de Baabda ne manquent pas une occasion pour souligner que si M. Hariri revient, il ne règnerait plus en maître absolu comme autrefois et il lui faudrait suivre le régime plutôt que de passer devant». Toujours est-il que le thème récurrent principal de la campagne reste la crise socio-économique. Les partisans de M. Hoss accusent M. Hariri d’en être responsable et les haririens ripostent par des chiffres montrant que la dégringolade est bien pire aujourd’hui. L’opinion assiste sans pouvoir réagir à ces contradictions qui ne répondent pas à sa question : comment sortir du cercle vicieux ? Sans y répondre totalement, un loyaliste affirme que «la solution, ce n’est sûrement pas de faire de nouveau appel à un milliardaire dont la règle d’or, en matière de finances publiques, est l’endettement. Et qui, de plus, n’a pas hésité à des fins purement politiques, de discréditer le gouvernement actuel à l’étranger et de faire fuir les investisseurs. Tout en développant un discours confessionnaliste exacerbé au niveau de la rue». Ce sont exactement les mêmes arguments qu’emploient dans le débat les haririens. À cette nuance près qu’ils imputent à la faiblesse de l’équipe Hoss le forfait des investisseurs. Quoi qu’il en soit, l’issue de la bataille dépendra beaucoup en fin de compte de la situation régionale. Et encore plus des décideurs. Ces derniers, selon des sources fiables, seraient actuellement très mécontents des bavures que la campagne électorale provoque au Liban.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats No paseran : ils ne passeront pas. Le Sérail, derechef assiégé par Hariri, se transforme en forteresse, comme jadis la République espagnole contre Franco. La principale canonnière, c’est bien entendu Télé-Liban, qui n’a pas l’air de craindre le retour... de bâton. Médusé, mais bien plus alarmé que diverti, le public suit de près ce nouveau feuilleton qui l’emporte par son actualité (brûlante) sur toutes les séries doublées hispanisantes. Les médias haririens, qui parlent d’hystérie, ne sont du reste pas en reste d’amabilités. Et l’un des thèmes les plus étranges, comme les plus puérils, de ce match est que chaque camp accuse l’autre «d’avoir commencé», comme dans une cour d’école. C’est dire qu’on ne joue pas là chez les grands. Mais la fin justifie les (petits) moyens : à tort ou à...