Les groupes qui ont obtenu les licences UMTS en Allemagne vont multiplier les emprunts géants sur le marché afin de régler la vertigineuse facture. Après près de trois semaines d’enchères et de guerre des nerfs à Mayence, où se déroulait la vente des précieux sésames, les six candidats devront payer des sommes comprises entre 8,369 et 8,478 milliards d’euros pour chaque licence UMTS, sans compter les investissements à venir ensuite. Or, de tels montants ne sont pas disponibles dans les trésors de guerre des groupes, font valoir les analystes du secteur. Conséquence : beaucoup d’entre eux estiment que les nouvelles émissions obligataires côté télécoms devraient grimper à un total de 35 milliards d’euros dans les prochains mois. Elles viendront s’ajouter à celles déjà effectuées par certains groupes, notamment Deutsche Telekom, qui avait contracté en juin le plus grand emprunt obligataire de l’histoire industrielle, d’un montant de 14,6 milliards de dollars. Certains de ses concurrents ont annoncé des projets similaires, comme l’espagnol Telefonica, qui participe aux enchères allemandes via le consortium 3G. Des rumeurs courent aussi sur le compte de France Télécom, candidat aux côtés de MobilCom, et de British Telecom (Viag Interkom), qui selon la presse pourraient émettre prochainement à eux deux jusqu’à 20 milliards de dollars. Les groupes de télécoms devraient cependant voir leur tâche compliquée par les agences de notation financière, dont beaucoup comptent revoir leurs notes. «Nous allons baisser la note de la quasi-totalité des groupes après les enchères», a prévenu l’agence Standard & Poor’s mercredi. Et, hier, elle a abaissé sa perspective pour l’opérateur espagnol Telefonica à «négative» contre «stable» auparavant, au lendemain de l’attribution en Allemagne au consortium 3G (Telefonica/Sonera) d’une licence de téléphone portable UMTS. SP laisse néanmoins inchangé ses notes pour Telefonica et ses filiales, notamment A+/A-1 pour les crédits et A+ pour la dette de la première entreprise espagnole. L’agence a également annoncé qu’elle plaçait sous surveillance négative la note A-1-plus attribuée à l’endettement à court terme de l’opérateur téléphonique britannique British Telecommunications et pourrait baisser ses notes à long terme. SP précise que cette décision est liée à l’annonce jeudi de la prise de contrôle de l’opérateur allemand Viag Interkom par BT moyennant le rachat de 45 % détenus par le groupe d’énergie allemand E.ON pour 7,3 milliards d’euros. Les raisons invoquées par SP tiennent aux incertitudes concernant la demande pour les futurs services de téléphonie mobile et leur rentabilité, alors que Viag Interkom vient d’acquérir une licence UMTS en Allemagne et que BT devrait postuler «agressivement» pour d’autres licences de téléphonie mobile de troisième génération en Europe. Reste que «les autres possibilités de financement ne sont pas aussi favorables», explique Ulrich Beckmann, codirecteur de la recherche européenne à la Deutsche Bank : «Les valeurs des télécoms ont beaucoup reculé en bourse, ce n’est pas le moment de faire une augmentation de capital. Le recours au marché obligataire est le plus plausible». Le montant des emprunts aura un caractère «exceptionnel», souligne-t-il, même s’il est «attendu». «C’est un nouveau scénario, qui suscite des incertitudes. Je ne table pas sur des conséquences dramatiques, mais sur des conséquences tout de même», a ajouté M. Beckmann. «Le marché l’intègre déjà, il s’y prépare cette semaine», renchérit Hervé Cros de la BNP-Paribas. Les taux du marché se sont adaptés à mesure que progressaient les offres des candidats. Selon M. Beckmann, les émissions des groupes de télécoms se concentreront sur les marchés européens et américains, jugés plus liquides que la Grande-Bretagne.
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