Le vice-président Al Gore doit sortir de l’ombre envahissante de Bill Clinton et démontrer qu’il possède l’envergure d’un chef d’État. Pour plusieurs spécialistes de la vie politique américaine, l’allocution d’Al Gore devant la convention nationale démocrate, au Staples Center de Los Angeles, constitue peut-être sa dernière chance d’inverser la tendance, pour l’heure favorable à son adversaire républicain, George W. Bush. Le vice-président a annoncé que, contrairement à son rival lors de la convention républicaine de Philadelphie, il entendait entrer dans le détail de ses propositions et de son programme lors de ce grand moment de sa carrière politique. «Nous devons faire des choix cruciaux, et je suis impatient de m’adresser à la nation depuis l’estrade de la convention, demain soir, avec des choix spécifiques difficiles que nous devons, je le crois, effectuer afin de nous assurer d’un avenir brillant», a-t-il dit mercredi. «Vous méritez de savoir exactement ce que proposent les candidats afin de vous faire un jugement informé», a ajouté Al Gore à son arrivée à Los Angeles. Mais cette stratégie comporte un risque, que souligne Daniel Hallin, professeur de communication à l’Université de Californie, à San Diego. «Il est important, note cet universitaire, qu’émerge de ce discours un certain aspect visionnaire, et pas seulement une liste de programmes». Depuis le début des primaires, les sondages montrent avec constance que les électeurs américains se sentent plus proches d’Al Gore que de George Bush Jr sur les principaux enjeux de la campagne. Mais le gouverneur du Texas possède une confortable marge d’avance en terme d’envergure, de personnalité. Le « numéro deux » Al Gore est reconnu comme un technicien des sujets sur lesquels il travaille depuis huit ans à la vice-présidence des États-Unis. Et cette étiquette de «numéro deux» de l’administration explique en partie son retard dans les sondages. «Au cours des quarante dernières années, quatre vice-présidents en exercice se sont portés candidats à la présidence et ils ont tous été confrontés à ce problème», rappelle Joel Goldstein, politologue de l’Université de St-Louis. Deux d’entre eux – Richard Nixon en 1960 et Hubert Humphrey en 1968 – ont perdu. Un – George Bush en 1988 – a été élu. Al Gore est le quatrième à tenter ce pari. «Il doit démontrer qu’il est vraiment un leader audacieux. Que c’est un visionnaire, qu’il peut élever son discours. Il faut qu’il voit la forêt dans sa globalité, et pas seulement les arbres», estime Joel Goldstein. Al Gore ne dit pas autre chose lorsqu’il explique, comme il l’a fait à de nombreuses reprises ces derniers mois, qu’on le considère encore comme «le type qui se tient derrière le président et ne dit pas grand-chose». Les experts sont divisés en revanche sur la question Monica Lewinsky. Al Gore doit-il faire allusion au scandale qui faillit aboutir à la destitution de Bill Clinton ou au contraire l’éviter ? Pour Daniel Hallin, le candidat démocrate doit l’aborder de front, comme un moyen pour se démarquer du président sortant. Ce serait une erreur, rétorque Allan Lichtman, historien de l’American University. «Al Gore n’a rien à gagner avec ce scandale. Il doit se focaliser sur l’avenir plutôt que de s’attarder sur le passé», argumente-t-il. Mais même dans ce cas, Al Gore devra réussir jeudi soir un difficile numéro d’équilibriste : solidifier le soutien de la base électorale démocrate, qui ne s’est pas totalement ralliée à lui, tout en ratissant au centre et vers les électeurs indépendants.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le vice-président Al Gore doit sortir de l’ombre envahissante de Bill Clinton et démontrer qu’il possède l’envergure d’un chef d’État. Pour plusieurs spécialistes de la vie politique américaine, l’allocution d’Al Gore devant la convention nationale démocrate, au Staples Center de Los Angeles, constitue peut-être sa dernière chance d’inverser la tendance, pour l’heure favorable à son adversaire républicain, George W. Bush. Le vice-président a annoncé que, contrairement à son rival lors de la convention républicaine de Philadelphie, il entendait entrer dans le détail de ses propositions et de son programme lors de ce grand moment de sa carrière politique. «Nous devons faire des choix cruciaux, et je suis impatient de m’adresser à la nation depuis l’estrade de la convention, demain soir, avec des...