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Actualités - Opinion

Hommage Eddy el-Rayes, mon copain

Le jeune homme qui vient de mourir à 39 ans des suites d’une terrible maladie n’est pas mon ami, c’est l’ami de mes enfants. Mais c’était aussi mon copain, le copain de tous ceux qui l’ont connu. Parti hier, il nous manque déjà et laisse la bonté et la gentillesse orphelines. La bonté imprégnait Eddy comme un saint. Il rayonnait de cette gentillesse qui ne semble acquise qu’après une longue vie de souffrance. La tête enfouie sous une chevelure blonde, grand comme un pylône, Eddy tenait du père Noël et de François d’Assise : on le sentait toujours prêt à distribuer des cadeaux et des onctions, à donner sa chemise, grande comme un foc, à consoler ses amis. Il était arrivé il n’y a pas si longtemps au Liban avec un ardent amour pour son pays, sa famille et son travail. La bonté pour morale et la tendresse pour devoir. Et le voilà qui ferme brusquement ses yeux comme on cache la lueur de l’aube, comme on ferme la fenêtre du matin. Il a quitté ses amis en arrachant la moitié de leur âme. Malheureux de l’avoir perdu. Ses amis, habillés de blanc pour lui dire adieu, ont le cœur triste mais le sourire aux lèvres. Ils savent que les plaintes et les pleurs ne peuvent aller avec un deuil comme celui-là ; un deuil qui fait la nuit dans leur petit monde. Eddy parti, rien ne sera plus entre eux comme avant. Son départ injuste bouscule leur paysage et casse les liens qu’il a tissés autour de chacun d’eux. Que puis-je dire pour les consoler et me consoler ? Que c’était un homme honnête ? Indulgent ? Un patron qui a lutté pour son entreprise ? Un bon fils, un bon frère ? Tout cela est bien vrai ! Mais mon copain Eddy était aussi la joie, la joie dans le dialogue, dans l’affection, dans la culture, dans le don de soi. Nul n’a autant que lui souffert dans son cœur et ses pensées. Pourtant il était resté, pour les jeunes et les moins jeunes, un dispensateur d’espoir. Eddy ? C’est par malheur déjà le passé ! Le temps va calmer notre déchirure, dévoiler notre misère de l’avoir perdu. J’écris ces quelques lignes pour me consoler, moi qui ai l’âge de son père. Pour consoler ses parents. Eddy n’est pas mort puisque chacun de nous le garde dans sa poitrine. J’écris pour ses jeunes amis, tendres et insoumis, téméraires et fraternels et qui se croient capables de regarder en face la vie, la douleur et la mort et qui gardent en eux, comme Eddy, le sens de la patrie et du sacré et qui semblent trouver ailleurs que dans la mort le secret du refus de vieillir. C’est à eux que j’adresse ce petit poème anonyme traduit de l’anglais : Ne t’arrête pas près de ma tombe, ne pleure pas ami, Je ne suis pas là, je ne suis pas endormi , Je suis les mille vents qui chantent leurs arpèges , Je suis les diamants qui scintillent sur les neiges , Je suis les rayons de l’astre qui mûrit le grain, Je suis le prompt essor des oiseaux Dans leur tendre et circulaire envol. Je suis partout où tu parles de moi..... Je ne suis pas mort.
Le jeune homme qui vient de mourir à 39 ans des suites d’une terrible maladie n’est pas mon ami, c’est l’ami de mes enfants. Mais c’était aussi mon copain, le copain de tous ceux qui l’ont connu. Parti hier, il nous manque déjà et laisse la bonté et la gentillesse orphelines. La bonté imprégnait Eddy comme un saint. Il rayonnait de cette gentillesse qui ne semble acquise qu’après une longue vie de souffrance. La tête enfouie sous une chevelure blonde, grand comme un pylône, Eddy tenait du père Noël et de François d’Assise : on le sentait toujours prêt à distribuer des cadeaux et des onctions, à donner sa chemise, grande comme un foc, à consoler ses amis. Il était arrivé il n’y a pas si longtemps au Liban avec un ardent amour pour son pays, sa famille et son travail. La bonté pour morale et la...