En 24 ans de carrière politique, le vice-président Al Gore est devenu l’un des hommes d’État les plus brillants et les mieux informés que les États-Unis aient connus, mais il lui reste à trouver le charisme nécessaire pour galvaniser les foules et conquérir la confiance d’une majorité d’électeurs. Même s’il remonte dans les sondages face à un George W. Bush toujours en tête, Gore devra se défaire de l’image de technicien froid qui lui colle à la peau, faute de quoi il aura probablement du mal à rattraper et dépasser son rival républicain. Âgé de 52 ans, Gore, que les démocrates doivent introniser candidat à la Maison-Blanche lors de la convention de Los Angeles, a baigné tout petit dans la politique, puisque son père était sénateur. Cela aurait pu l’aiguiller vers de tous autres horizons puisque, dans sa jeunesse, il n’avait aucune intention de faire de la politique. Bien qu’ayant été représentant, sénateur, puis vice-président, Al Gore n’est guère sorti de l’ombre de Clinton qu’en mars dernier, lorsqu’il a remporté un nombre de délégués suffisamment important pour s’assurer l’investiture à la convention. Dès lors, il a entrepris de se forger une image d’homme intègre en promettant aux électeurs une nouvelle ère sans les scandales qui ont jalonné les deux mandats de Bill Clinton. L’ombre d’une des affaires est toutefois venue planer sur lui, quand un enquêteur du département de la Justice a recommandé la nomination d’une commission chargée de déterminer si le vice-président avait menti sous serment lorsqu’il avait été interrogé sur son rôle dans une affaire de financement illégal de parti politique dans un temple bouddhiste en 1996. Et sa campagne a subi quelques remous, avec la démission, pour raison de santé, de Tony Coelho de la présidence du comité de campagne démocrate. Gore a alors nommé à sa succession Bill Daley. Mais bien que celui-ci est redéfini la ligne de la campagne et amélioré la communication avec l’opinion, sa nomination a suscité l’indignation de nombreux syndicalistes en raison de son rôle, en tant que secrétaire au Commerce, dans la conclusion d’un accord commercial, contesté, avec la Chine. Le père d’Al Gore, mort en 1998 à l’âge de 90 ans, a en effet représenté le Tennessee pendant 32 ans à Washington. Albert Jr y est né, le 31 mars 1948, et y a vécu une grande partie de sa jeunesse dans un hôtel de grand luxe. Un soutien précieux pour Clinton Il partageait son temps entre la ferme de ses parents dans le Tennessee et le lycée «chic» de St-Albans, dans la capitale fédérale, où il se distingue autant dans les études que dans les activités sportives. Signe particulier : dans son enfance et jusqu’à la fin de ses études universitaires, il est bien décidé à ne jamais faire «de la politique». À sa sortie de Harvard, il s’engage dans l’armée et épouse Mary Elizabeth «Tipper» Aitcheson, qui deviendra plus célèbre que lui dans les années 80, en faisant campagne... contre l’obscénité des paroles de certaines chansons de rock. Il a pris sa revanche depuis, mais il bénéficie toujours d’une bonne image familiale. Son mariage avec «Tipper», qui dure depuis 29 ans, lui a donné quatre enfants. Gore passa sept mois au Vietnam en tant que journaliste aux services de presse de l’armée. Démobilisé, il étudie pendant un an la théologie à l’université Vanderbilt, tout en commençant une carrière de journaliste au Nashville Tennessean. C’est là qu’il succombe au virus de la politique. «Je faisais l’hôtel de ville, et j’ai commencé à penser que je ferais un meilleur travail que ceux qui le faisaient à ce moment-là», a-t-il confié récemment à un journaliste. En 1976, il s’empare d’un siège à la Chambre des représentants devenu vacant dans le centre du Tennesse. Il devient ensuite sénateur. Gore s’intéresse à des dossiers complexes comme le désarmement nucléaire et l’environnement. En 1988, il entre dans la course à la présidence. Il remporte quelques primaires, mais sa campagne, mal organisée, s’essouffle. C’est le gouverneur du Massachusetts, Michael Dukakis, qui est choisi par la convention démocrate. Mais Dukakis sera battu par George Bush, le père du George W. Bush qu’Al Gore pourrait affronter dans l’élection présidentielle de cette année. En 1992, Gore renonce à être candidat. Mais il est ramené sous les feux des projecteurs par le nouveau candidat démocrate à la Maison-Blanche, Bill Clinton. Le «ticket» formé par les deux «sudistes» fait un malheur. C’est au cours de cette campagne que les deux hommes forgeront les liens d’amitié qui survivront aux épreuves et aux scandales des années suivantes. Gore devient alors un soutien précieux pour Clinton, et un expert de certaines questions complexes comme la réduction de l’administration fédérale, les communications, le développement économique des zones urbaines, le réchauffement de la planète.
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