Sans aucun état d’âme, décontracté, souriant, comme débarrassé d’un poids, Laurent Blanc s’apprête a disputer ce soir son avant-dernier match avec l’équipe de France de football, conscient que «l’on ne peut rien contre le temps qui passe». «Je joue les prolongations pour deux matchs. C’est une décision personnelle que j’avais prise avant l’Euro. Pourquoi vouloir compliquer une situation qui est claire, nette et précise ?», interroge le «Président» –surnom que lui ont donné ses coéquipiers – comme pour mieux souligner le caractère irrévocable de sa décision de renoncer à la sélection. «Les matchs de l’équipe de France me manqueront. Elle a été le fil conducteur de ma carrière, me faisant faire des choix pas toujours opportuns au niveau des clubs mais dont j’assume l’entière responsabilité». «Parmi les critères ayant motivé ma décision, il y a notamment le bilan d’une carrière internationale assez longue, nécessitant beaucoup de sacrifices», souligne Laurent Blanc qui se donne encore «deux ou trois ans de football» alors qu’il lui reste une année de contrat avec l’Inter Milan. Partir au bon moment «Il est préférable de partir au moment où l’on est un peu sur un nuage, après les titres de champion du monde et d’Europe. Et puis, la projection de 2002 est trop loin avec comme perspective deux ans de matchs amicaux. Des matchs où tu arrives le lundi pour jouer le mercredi, cela ne rime à rien. Tu ne peux plus te projeter vers l’avenir, donc tu n’as pas d’objectif précis. Ce sont tous ces paramètres qui m’ont décidé à arrêter. Dans mon esprit, le dernier match a été la finale de l’Euro», explique Blanc, qui reconnaît avoir «eu beaucoup de chance, car tout ce que j’avais pensé s’est réalisé». L’heure des bilans n’a pas encore tout à fait sonné. Mais d’ores et déjà, il avoue spontanément que «le match» est ce qui lui manquera le plus, à l’inverse de «la mise au vert». «Il y a peu de gens hors du foot qui me connaissent bien. Mais ce que j’aimerais, c’est que l’on dise de moi que je suis quelqu’un de correct qui fait bien son métier. Ce sont surtout ces critères qui sont importants», avoue-t-il. L’après-foot, Laurent Blanc reconnaît «ne pas y avoir trop pensé». Mais il ne cache pas son «désir de rester dans le foot» dans la mesure où «c’est le monde que l’on connaît le mieux». «Entraîneur, c’est la continuité du terrain», estime-t-il tout en insistant sur le fait qu’il s’agit «d’un métier ingrat» même si «c’est excitant de mener un groupe au sommet». Tout au long de sa carrière, Laurent Blanc a constaté «une évolution considérable du monde du football (...) n’ayant plus rien à voir avec celui de mes débuts». «Il ne faut pas être hypocrite. Le foot business, on y est dedans. On en profite. L’argent mène le monde. Je ne vois pas pourquoi le football ne serait pas mené par l’argent», lance-t-il tout en avouant que son seul critère dans le futur «sera de prendre du plaisir et d’être motivé».
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