L’Irak, saigné par 10 années de sanctions sans précédent dans l’histoire, mettra des décennies à s’en relever, que Saddam Hussein soit au pouvoir ou non, estiment des analystes. Avant son invasion du Koweït le 2 août 1990, l’Irak était classé parmi les pays les plus développés du Proche-Orient, grâce à sa richesse en eau et en pétrole. Il figure à présent parmi les moins développés. «Il faudra virtuellement l’ensemble du XXIe siècle pour que l’Irak redevienne une puissance régionale», estime Anoush Ehteshami, directeur du département des études moyen-orientales à l’université de Durham (Angleterre). «On peut reconstruire l’infrastructure en une vingtaine d’années. Mais il faudra plusieurs décennies pour former tout un peuple à la nouvelle économie, et tout le pétrole du monde ne sera d’aucune aide», ajoute-t-il. L’armée irakienne a été chassée du Koweït en février 1991 par une coalition dirigée par les États-Unis, mais l’embargo de l’Onu n’a pas été levé pour autant. Les sanctions sont supposées diminuer la menace militaire du régime, mais d’anciens responsables humanitaires de l’Onu affirment qu’elles ont manqué leur cible et que les civils en supportent seuls les conséquences tragiques, dont une mortalité en très forte hausse et un effondrement de l’enseignement. «Les sanctions aident le régime à se maintenir, elles lui ont donné un système efficace de contrôle», estime M. Ehteshami. «Le régime tient le pouvoir d’une poigne qui n’a jamais été aussi forte parce que la population dépend de lui» pour survivre aux effets de l’embargo, ajoute-t-il. Pour Khaldoun al-Naqib, professeur de sciences politiques à l’Université du Koweït, l’avenir économique de l’Irak est hypothéqué en raison des centaines de milliards de dollars qu’il doit débourser au titre des dédommagements de guerre. Il appelle la communauté internationale à s’engager à en réduire le montant si le régime était renversé. «Je crois fermement que la promesse d’une aide financière extérieure inciterait le peuple irakien à se débarrasser de Saddam Hussein, s’il le peut», dit-il. Mais l’Irak de l’après-Saddam pourrait se retrouver face «à un véritable danger de démembrement. Le tribalisme et le confessionnalisme referont surface en cas de changement soudain», affirme l’enseignant, un Koweïtien d’origine irakienne. «Un nouveau régime éventuel ne sera probablement ni démocratique ni libéral, même s’il entreprend des réformes économiques et s’il se montre plus tolérant politiquement», ajoute-t-il. L’Onu a ouvert à l’Irak la perspective d’une suspension des sanctions s’il «coopère pleinement» avec l’Unmovic, un nouvel organisme d’inspection de l’armement créé en vertu de la résolution 1284, votée en décembre 1999. «Bien que l’Irak ait officiellement refusée cette résolution, ce serait possible de l’encourager à modifier sa position», estime Neil Partrick, directeur du programme Moyen-Orient au Royal United Services Institute de Londres. D’après lui, la 1284 laisse une marge de négociation pour déterminer la manière d’effectuer les inspections de l’Unmovic, qui seraient de ce fait «plus souples» que celles de l’organisme précédent, l’Unscom, qui s’est retiré d’Irak quelques heures avant des frappes aériennes américano-britanniques, en décembre 1998. Mais un expert de l’Institut international des études stratégiques (IISS) de Londres, le colonel Terence Taylor, ne s’attend pas à un revirement. Bagdad, fait valoir cet ancien inspecteur de l’Unscom, «estime qu’il n’aura rien à gagner d’une reprise des inspections, et Saddam Hussein s’estime à l’abri d’une attaque militaire».
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