Elle frappe sans distinction hommes et femmes, jeunes et vieux, toutes classes sociales confondues. Si les adolescents en sont plus vulnérables, les personnes âgées, les femmes enceintes, les victimes d’épreuves diverses n’échappent pas à ses filets... La dépression nerveuse semble être la maladie la plus répandue dans le monde actuel. Comprendre ses mécanismes, connaître ses causes, décrypter ses symptômes, dont certains n’ont rien à voir en apparence avec l’abattement et les idées noires associés à la déprime, semblent être les moyens les plus efficaces d’y faire face et, surtout, démasquer à temps une dépression. Dans la majorité des cas, elle se prépare de longue date et ne se déclare qu’à la suite d’un événement d’importance pas nécessairement majeure... La dépression cache bien son jeu... Au cours de la vie, par ailleurs, il y a des époques plus favorables que d’autres à son éclosion... L’adolescence, la ménopause, l’âge de la retraite, le surmenage sont par excellence des périodes difficiles à traverser, susceptibles d’entraîner d’incidents dépressifs. Les caps difficiles Les pédopsychiatres sont les premiers à avertir que la dépression nerveuse n’épargne pas les enfants. Face à un adolescent à comportement jusque-là normal, dont le travail baisse, n’ayant plus aucun camarade, fuyant la compagnie, évitant les sorties, n’écoutant plus de musique, il faut penser à un état dépressif et réagir avec célérité. Car les difficultés qui risquent de survenir viennent du fait que les familles ne s’aperçoivent pas assez tôt du changement qui s’opère chez l’adolescent et ne consultent qu’une fois l’état dépressif solidement implanté. Or toute tendance dépressive doit être reconnue et soignée au plus vite, car elle implique un risque potentiel de suicide. Les statistiques, dans les pays évolués, démontrent que les jeunes sont plus prompts en cas de dépression de passer à l’acte que les adultes. À l’autre bout de la chaîne se trouvent la sénescence et la mise en marge de l’activité professionnelle. Se sentir écarté, inactif, après avoir vécu à un rythme très accéléré, restant conscient de l’exiguité des possibilités offertes, exige du sujet une force intérieure qui n’est pas donnée à tous. Cette rupture perturbe le fonctionnement et le métabolisme des cellules cérébrales, entraînant la formation de déchets qui encrassent les artères et les capillaires. C’est, du moins, ce qu’ont prouvé les derniers travaux sur la biochimie du cerveau. Afin de maintenir les artères cérébrales en bon état, il est indispensable de garder une activité quotidienne régulière, conseillent les spécialistes, en insistant sur le fait que l’influence de l’état psychique est décisive. D’où le fait que des maladies organiques, jusque-là latentes ou compensées par l’activité du sujet, se révèlent lors de la cassure que représente le nouveau style de vie imposé. Grossesse et vulnérabilité dépressive Attendre un enfant, même désiré, constitue pour la mère une épreuve qui peut se traduire par diverses manifestations somatiques, ainsi que par une réaction dépressive survenant après l’accouchement. Il en est de même pour la ménopause. Le tumulte hormonal occassionné par ces deux périodes de la vie féminine, ajouté à une idée de rénonciation et de fin de la féminité chez la femme ménopausée expliquent la vulnérabilité des femmes à l’âge de la ménopause. Les victimes de la fatigue Une des caractéristiques du surmenage consiste à l’auto-interdiction de tout repos. Le sujet invente mille raisons pour justifier cette fuite effrenée dans l’effort. Ajoutée ou combinée à divers ennuis professionnels, tels que insécurité ou peur du chômage, lui-même facteur incontestable de la dépression, la frénésie laborieuse et le surménage, qui est sa conséquence immédiate, conduisent à la dépression. Selon les évaluations des pays occidentaux, le plus grand nombre de déprimés sont des victimes du surmenage. Comment diagnostiquer une dépression ? Car il n’est pas dit que le déprimé avoue spontanément sa déprime. S’il somatise son malaise en inventant des localisations pathologiques inspirées par son psychisme, c’est bien pour se réfugier derrière elles. Foie, estomac, cœur et difficultés sexuelles interviennent pour éviter ou masquer le besoin de la prise en charge psychiatrique. Les déprimés empruntent souvent un véritable parcours de combattant, lorsqu’eux-mêmes ignorent leur état ou bien veulent l’ignorer. C’est au médecin traitant, alors, de révéler la vérité et d’orienter vers le psychiatre le déprimé qui s’ignore. «La première chose à faire, conseille le Pr Pierre Solignac, psychiatre, auteur de nombreux travaux sur le sujet, c’est d’accepter ses symptômes ou ses causes mais aussi l’angoisse qui les sous-tend. Faire un bilan complet et autant d’explorations qu’il le faut au niveau des symptômes. Puis on essaiera de lui faire admettre que tous ces symptômes ont des causes et que nous allons rechercher les causes avec lui. Écouter un malade, c’est interpréter ce qu’il dit, décoder son angoisse derrière ses propos, souvent anecdotiques ou anodins. Une consultation “d’écoute”, qui permet d’établir un vrai dialogue avec le sujet, est indispensable pour lui faire admettre sa dépression».
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