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Actualités - Chronologie

Partout, de plus en plus, et durablement, l'Afrique noire déchirée

Le sida déchire l’Afrique noire et ne cesse d’y empirer, remplissant hôpitaux et cimetières, créant des millions d’orphelins et engloutissant l’essentiel d’une génération dans la force de l’âge, prélude à un désastre économique en plus du drame humain. Quelque 24,5 millions, soit plus de 70 %, des 34,3 millions de malades du sida et porteurs du virus VIH vivent au sud du Sahara, selon Onusida. Et dans 16 pays de la région plus d’un adulte sur 10 est séropositif, voire un sur trois (35,8 %) au Botswana. Dans plusieurs pays, la mortalité due au sida a réduit spectaculairement l’espérance de vie, selon le Census Bureau américain: 39 ans au Zimbabwe, où elle serait de 65 ans sans le sida, 40 ans au Botswana au lieu de 62 ans, 37 ans au Malawi (51). «Sur la prochaine décennie, le sida tuera plus de personnes en Afrique subsaharienne que toutes les guerres du XXe siècle», a rappelé la semaine dernière Peter Walker, directeur de stratégie pour les Fédérations internationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Dans les pays les plus meurtris, la pandémie frappe partout : des familles entières sont décimées parfois en l’espace de quelques mois. Comme ce cas extrême en début d’année d’une famille de la région du Cap, dont le père, son épouse et leurs deux enfants sont morts à moins de 15 jours d’intervalle. Quand les enfants survivent, ils sont laissés à la charge de proches, de parents, qui ne peuvent assumer les coûts de traitement, voire subvenir aux besoins élémentaires, à la scolarité. Ces «orphelins du sida» sont plus de 12 millions en Afrique subsaharienne (95 % du total), un chiffre appelé à tripler d’ici 10 ans, selon Onusida. Un récent sommet africain du Forum économique mondial (WEF) a clairement identifié le sida comme le plus gros obstacle désormais à un décollage économique de l’Afrique, avec des signes tangibles d’entreprises évitant des zones à fort taux d’infection, décourageant les investissements étrangers dans des régions du continent où des conflits ne l’avaient pas déjà fait. En saignant la tranche d’âge la plus économiquement active, ou qui l’aurait été bientôt, le sida augure d’un désastre économique, un vide colossal, dans tous les secteurs de ces sociétés : dans les plantations de thé du Malawi, où des enfants remplacent les hommes malades, dans les écoles de Zambie, où 30 % des enseignants sont séropositifs, où dans les multiples sociétés où l’absentéisme, pour maladie ou obsèques, grève les profits. L’un des mystères du sida subsaharien est l’extraordinaire transmission hétérosexuelle, beaucoup plus importante que dans les pays du Nord, liée selon des experts, comme le Pr Robert Montagnier, «à des cofacteurs restant à identifier». Ces interrogations et spécificités du sida en Afrique ont poussé des pays comme l’Afrique du Sud à consulter des experts de tous bords, y compris des «dissidents» ultraminoritaires qui nient un lien de causalité entre VIH et sida. L’indignation de la communauté scientifique a pour l’heure été le seul résultat tangible à cette quête d’une «réponse africaine» spécifique au sida. Des zones d’espoirs persistent pourtant. Comme les succès enregistrés en Ouganda, qui a fait tomber son taux de prévalence (nombre de séropositifs et malades par rapport à la population adulte) de 14 % au début des années 90 à 8 % environ. Au Sénégal, ce taux est stationnaire entre 1 % et 2 %, une spectaculaire exception africaine. Dans les deux cas, l’Onusida a souligné l’importance de vastes campagnes de prévention associant gouvernements, associations et surtout leaders religieux et marabouts ou chefs coutumiers. Plus généralement, d’Afrique du Sud en Zambie, du Sénégal en Ouganda, des guérisseurs traditionnels, très largement consultés, ont commencé – et demandé – à être associés aux stratégies antisida. Non sans rappeler que leur médecine traditionnelle a démontré son efficacité sur des symptômes associés au sida-VIH (herpès, diarrhées) à défaut de faire office de remède antisida. Que peu d’Africains peuvent s’offrir de toutes façons.
Le sida déchire l’Afrique noire et ne cesse d’y empirer, remplissant hôpitaux et cimetières, créant des millions d’orphelins et engloutissant l’essentiel d’une génération dans la force de l’âge, prélude à un désastre économique en plus du drame humain. Quelque 24,5 millions, soit plus de 70 %, des 34,3 millions de malades du sida et porteurs du virus VIH vivent au sud du Sahara, selon Onusida. Et dans 16 pays de la région plus d’un adulte sur 10 est séropositif, voire un sur trois (35,8 %) au Botswana. Dans plusieurs pays, la mortalité due au sida a réduit spectaculairement l’espérance de vie, selon le Census Bureau américain: 39 ans au Zimbabwe, où elle serait de 65 ans sans le sida, 40 ans au Botswana au lieu de 62 ans, 37 ans au Malawi (51). «Sur la prochaine décennie, le sida tuera plus de...