Les Palestiniens mettaient peu d’espoir hier dans les chances de réussite du sommet de Camp David organisé la semaine prochaine par les États-Unis, craignant que leur leader Yasser Arafat y soit poussé à des concessions inacceptables. «Le sommet ne réussira que si Israël fait des concessions. Elles ne peuvent certainement pas venir des Palestiniens qui sont dans leur bon droit et défendent leurs terres», affirme Riad Abou Shark, 21 ans, employé dans une épicerie du camp de réfugiés de Shata, bordant le front de mer, dans la bande de Gaza, autonome depuis 1994. «Nous autres Palestiniens vivons depuis des décennies sous occupation. Il faut à tout prix y mettre fin. Si c’est par la négociation, tant mieux, si c’est par la force des armes, ce sera aussi bien», ajoute-t-il. Comme les autres résidents de ce camp où s’entassent 70 000 réfugiés forcés à l’exode durant la guerre israélo-arabe de 1948, il ne croit guère que les négociations israélo-palestiniennes sous l’égide des États-Unis, vont améliorer sa situation. «Nous voulons nos terres (aujourd’hui en Israël), nous voulons du travail car la situation est sans espoir», proclame le marchand de quatre saisons Ali Ismaël Koki, derrière son étalage de melons. «On nous a fait tant de promesses, mais rien n’en est sorti. Tout le monde aime parler de processus de paix, mais c’est du pareil au même!», se lamente-t-il. Des jeunes gens du camp de Shata, interrogés au hasard, affirment être prêts à se battre pour chasser les Israéliens des territoires occupés et créer un État avec Jérusalem-Est pour capitale. «Il va falloir continuer la lutte, par les armes ou la négociation, jusqu’à la libération de la mosquée d’al Aqsa de Jérusalem» (le troisième lieu saint de l’Islam), estime Jihad, 19 ans, ouvrier dans une fabrique de meubles, qui ne veut pas être identifié. Il prend pour modèle le Hezbollah libanais, fer de lance de la guérilla au Liban-Sud, qui est parvenu à bouter les Israéliens hors du Liban-Sud après 22 ans d’occupation. Mais des habitants plus âgés, qui se souviennent des journées noires de l’Intifada, le soulèvement populaire palestinien entre 1987 et 1993, sont plus circonspects. «Nous étions forcés alors de fermer nos portes et nous avions peur pour nos enfants» en première ligne dans des manifestations réprimées dans le sang par l’armée israélienne, se remémore Abed al-Hissi, 72 ans, qui doute que la violence soit payante. Des habitants de la ville de Gaza ne sont guère optimistes, bien qu’en règle générale ils soient moins misérables que les résidents des camps de réfugiés. «Qui fera pression sur Israël durant le sommet?» s’interroge Nabil Abou Hasira, 52 ans, qui possède un studio de photographie dans la cité. Selon lui les Palestiniens ont déjà fait une concession majeure en limitant leurs revendications sur la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est) et la bande de Gaza, conquises par Israël en 1967.
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