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Actualités - Opinion

Les bonheurs de Bouny

AIB, 19h00, Beyrouth. Enfin Beyrouth ! Bouny planait. Bouny frissonnait, c’est trop beau pour être vrai, tellement marre de son Europe rigide, trop rigide... Beyrouth de ses rêves, Beyrouth de ses nuits moites, ce mot, Beyrouth, qui cognait sans arrêt ses tempes, il allait enfin s’en mettre plein les yeux, plein les oreilles et le nez et la bouche et le cœur et l’âme, Beyrouth... Et pour rencontrer Beyrouth, aimer Beyrouth, Bouny a choisi juillet. Exprès. Il savait qu’à Beyrouth, en juillet, il faisait, à toute heure du jour et de la nuit, près de 40°, et ça c’était génial, génial parce que quand il fait chaud à Beyrouth, il n’y a pas d’électricité, ça c’est un ministre libanais qui l’a dit, alors c’est sûrement vrai... Il faut dire que ce bon Bouny phantasme dru sur le bruit des moteurs, il phantasme sur leurs pannes, sur les bougies, les chandeliers, le réfrigérateur qui suinte l’eau, les six étages qu’il grimpe à pied, dans le noir, les climatiseurs qui ne fonctionnent plus, Bouny est heureux. Et puis en juillet, à Beyrouth, il faut passer 60 minutes montre en main pour faire, en pleine ville, dix kilomètres, et ça, Bouny veut faire, il le veut, lui qui ne connaît que les bouchons d’autoroute, deux ou trois fois l’an seulement. Et puis en juillet, à Beyrouth, c’est l’augmentation des prix de l’essence, et Bouny n’aime rien d’autre que l’idée de participer, lui l’Européen-pure-souche, au renflouement des caisses du Liban, que l’idée de contribuer à ce que le gouvernement puisse continuer à jouir de sa paresse, de son inaction, de son incompétence, c’est tellement exotique, tellement... libanais. Et puis en juillet, à Beyrouth, c’est le paradis, y a la saleté, y a les cris, les bastons, les pots-de-vin, y a la pestilence, la putrescence de toutes les désillusions, de tous les y-en-a-marre de la planète, en juillet à Beyrouth, y a surtout les Libanais. Et les Libanaises. Bouny ne ratera ça sous aucun prétexte : plus de 3 millions de pauvres pantins que l’on manipule aussi simplement, de moutons qui se rappellent une fois tous les 32 du mois qu’ils ont le droit de bêler, ça, ça sera le bonheur : in-ra-ta-ble.
AIB, 19h00, Beyrouth. Enfin Beyrouth ! Bouny planait. Bouny frissonnait, c’est trop beau pour être vrai, tellement marre de son Europe rigide, trop rigide... Beyrouth de ses rêves, Beyrouth de ses nuits moites, ce mot, Beyrouth, qui cognait sans arrêt ses tempes, il allait enfin s’en mettre plein les yeux, plein les oreilles et le nez et la bouche et le cœur et l’âme, Beyrouth... Et pour rencontrer Beyrouth, aimer Beyrouth, Bouny a choisi juillet. Exprès. Il savait qu’à Beyrouth, en juillet, il faisait, à toute heure du jour et de la nuit, près de 40°, et ça c’était génial, génial parce que quand il fait chaud à Beyrouth, il n’y a pas d’électricité, ça c’est un ministre libanais qui l’a dit, alors c’est sûrement vrai... Il faut dire que ce bon Bouny phantasme dru sur le bruit des moteurs, il...