«Vers l’âge de 9 ou 10 ans, nous imitions nos parents, nous remplacions le cheval par un bâton et la cargaison de cigarettes par des boîtes vides, nous faisions comme eux, comme si nous étions de vrais contrebandiers, nous empruntions le “jurd”, c’est comme ça qu’on l’appelle, la voie de passage entre le Liban et la Syrie, un chemin à travers le mont Hermon...». Ces mots-là sont tout sauf étonnants. À Chebaa, on était, jusqu’à l’évacuation israélienne – et encore... – contrebandier de père en fils et ce, depuis la nuit des temps. Ou presque. «Nous vendions de l’acier, mais surtout des cigarettes, des Pall Mall notamment, qui arrivaient de Qleya ou de Ras el-Naqoura, les Syriens adorent les Pall Mall». Où l’on a ainsi appris que les maillons de la chaîne de vente, les intermédiaires, étaient fort nombreux, on nous a même avancé le chiffre faramineux de dix millions de dollars, «les cigarettes transitaient par les villages syriens frontaliers puis allaient jusqu’à Damas, Alep, partout, et malgré toutes les “taxes”, nous arrivions à faire des bénéfices, grâce à la quantité». Où l’on a eu droit à quelques stéréotypes, façon Tintin et Coke en Stock ou bien bon film de genre, «nous partions à cheval, lorsqu’il faisait nuit noire, nous ne pouvions même pas respirer, il ne fallait faire aucun bruit», des anecdotes en sus, «souvent nous attendions longtemps, dans les grottes, nous nous racontions des blagues, sans arrêt, pour ne pas nous endormir». Le constat est unanime, toutes générations confondues : «Sans contrebande, je n’aurais rien pu faire, je n’aurais pas eu un sou, certains jours, lorsque les douaniers étaient trop sévères, trop présents, même la boucherie fermait ses portes». On raconte maintenant qu’à Chebaa, la contrebande c’est bel et bien fini, «enfin pratiquement...». Ce qu’il y a de très drôle ici, c’est que tout le monde en sourit, de ce secret de polichinelle, «c’est génétique vous savez, ça ne partira jamais». Évidemment. Sauf si l’État commence à assumer ses responsabilités, «il faut qu’il nous trouve un palliatif, du travail». Évidemment...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Vers l’âge de 9 ou 10 ans, nous imitions nos parents, nous remplacions le cheval par un bâton et la cargaison de cigarettes par des boîtes vides, nous faisions comme eux, comme si nous étions de vrais contrebandiers, nous empruntions le “jurd”, c’est comme ça qu’on l’appelle, la voie de passage entre le Liban et la Syrie, un chemin à travers le mont Hermon...». Ces mots-là sont tout sauf étonnants. À Chebaa, on était, jusqu’à l’évacuation israélienne – et encore... – contrebandier de père en fils et ce, depuis la nuit des temps. Ou presque. «Nous vendions de l’acier, mais surtout des cigarettes, des Pall Mall notamment, qui arrivaient de Qleya ou de Ras el-Naqoura, les Syriens adorent les Pall Mall». Où l’on a ainsi appris que les maillons de la chaîne de vente, les intermédiaires, étaient...