Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent. Mais ici, c’est le printemps des calicots plutôt que des coquelicots. Dans le secteur charnière de Kantari, deux constatations frappantes : – D’abord, on a enlevé des murs l’interminable série des timbres-poste à l’effigie du nouveau maître de la Syrie. Il paraît que dans son pays, il a tenu d’entrée de jeu à mettre un peu en veilleuse le culte de la personnalité, en interdisant les affichages publics de son image. De plus, à Beyrouth, ses portraits avaient l’air de s’intégrer au florilège calamistré, indénombrable, des posters de candidats. – Ensuite, et surtout, dans ce quartier de Kantari situé à deux pas de chez lui, on ne trouve à ce jour, en tout et pour tout, qu’une toile imprimée aux traits du président Sélim Hoss. Un cliché d’autant plus rare qu’on l’y voit en col de chemise échancré et tout souriant. La légende est digne de l’idée que les Libanais se font en général de leur président du Conseil : «Conscience du Liban, il a la conscience tranquille». C’est d’ailleurs peut-être pourquoi M. Hoss aurait fortement envie, répète-t-on dans les cercles politiques, de ne pas se tracasser personnellement avec les élections. Et de ne pas s’y présenter. Le fait est que le président du Conseil subit actuellement une forte vague de pressions multilatérales. Ses proches reconnaissent mezza voce qu’ils ne l’ont jamais vu aussi à cran, aussi réactif si l’on peut dire, lui qui est tellement renommé pour son flegme. D’après eux, c’est la criante injustice des campagnes dont il fait l’objet qui le révolte. Les loyalistes détaillent les éléments de tension comme suit : – Les attaques incessantes, coordonnées, des haririens contre le gouvernement, mais surtout contre son chef, que cela soit au Parlement, dans les salons, dans les déclarations publiques ou au niveau de la rue. Des rafales de critiques, accompagnées de volées de flèches personnelles au curare, ricochent sur tout projet gouvernemental, toute initiative, tout propos de M. Hoss. Une guerre de harcèlement qui finit par user les nerfs les plus solides. Le président du Conseil est accusé, suprême reproche pour un dirigeant, de manque flagrant d’autorité. «Il n’est tenu au courant de rien», soutiennent les haririens, «et l’affaire Amine Gemayel, qui fait suite à quelques mois de distance, à celle du communiqué dit des sources autorisées, le prouve amplement», ajoutent-ils. Mais cette prétendue faiblesse, ses adversaires devraient s’en frotter les mains... «Pas du tout, répondent-ils, car par son laxisme, M. Hoss est en train d’éroder petit à petit les prérogatives de la présidence du Conseil et d’instituer une praxis de minimisation qu’il sera difficile d’inverser», si leur patron revient au pouvoir. En somme, les haririens accusent M. Hoss de dilapider le capital politique de la communauté sunnite. En période d’élections, de telles charges peuvent avoir beaucoup d’impact au niveau de la rue. – Sur le plan économique, également très porteur en termes de médiatisation, le gouvernement n’arrive pas à couvrir son flagrant échec en rappelant qu’il n’est pas à l’origine de la crise. Sans fausse honte donc, les haririens tirent à boulets rouges sur M. Hoss. Et ils font d’autant mieux mouche qu’étant économiste de formation, il a moins droit à l’erreur qu’un autre, dans ce domaine. – Sur le plan politique général M. Hoss, qui critiquait le manque de cohésion gouvernementale quand il était dans l’opposition, se retrouve encore moins bien loti que son prédécesseur. Il est pris, comme on sait, sévèrement à partie par l’un des ministres dits politiques de son équipe, M. Mikati. Et l’on considère, dans les milieux politiques, que l’entourage de M. Hoss s’est laissé maladroitement piéger dans cette affaire, en acceptant de polémiquer publiquement avec le ministre nordiste. Qui a marqué des points en démontrant qu’on n’avait pas répondu aux propos qu’il avait tenus et qu’on s’était hâté de lui riposter sans prendre connaissance de la véritable teneur de ses déclarations.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent. Mais ici, c’est le printemps des calicots plutôt que des coquelicots. Dans le secteur charnière de Kantari, deux constatations frappantes : – D’abord, on a enlevé des murs l’interminable série des timbres-poste à l’effigie du nouveau maître de la Syrie. Il paraît que dans son pays, il a tenu d’entrée de jeu à mettre un peu en veilleuse le culte de la personnalité, en interdisant les affichages publics de son image. De plus, à Beyrouth, ses portraits avaient l’air de s’intégrer au florilège calamistré, indénombrable, des posters de candidats. – Ensuite, et surtout, dans ce quartier de Kantari situé à deux pas de chez lui, on ne trouve à ce jour, en tout et pour tout, qu’une toile imprimée aux traits du président Sélim Hoss. Un cliché d’autant...