Avec Camp David, le président américain Bill Clinton a échoué dans sa volonté de couronner par un grand succès de politique étrangère un double mandat terni par les scandales. L’absence d’accord après 15 jours de discussions intenses a au contraire renforcé son image de médiateur doué mais virtuel. S’il peut se targuer d’avoir réussi à obtenir la paix en Bosnie ou en Irlande du Nord, il a été moins heureux dans ses efforts en Afrique ou au Proche-Orient. «Je pense que c’est un grand négociateur, même si ses efforts n’ont pas toujours porté leurs fruits», estime le professeur de l’Université du Maryland James MacGregor Burns, historien des présidents américains. Clinton a fait preuve d’une rare détermination comme médiateur mais son bilan économique et les divers scandales qui ont marqué ses mandats, à commencer par l’affaire Lewinski, risquent fort de rester en tête dans les livres d’histoire. Spécialiste de l’action étrangère des présidents américains, le professeur Shirley Anne Warsaw remarque qu’aucun chef de la Maison-Blanche n’avait autant joué le rôle de médiateur que Clinton. «À-t-il réussi à chaque fois ? Non. Mais il laisse un héritage», souligne-t-elle. C’est surtout à partir de son deuxième mandat que Bill Clinton s’est lancé dans la résolution des conflits. Le début de son premier mandat, en 1993, avait été plutôt axé sur l’économie et la politique intérieure avec un vaste programme économique que beaucoup considèrent comme un des facteurs clés de la croissance qui a suivi. Mais à partir de 1994, la victoire des républicains au Congrès réduit sa marge de manœuvre. «Pendant ses mandats, en particulier pendant le deuxième, le président Clinton a tenté de laisser un héritage comme faiseur de paix. En Irlande du Nord, en Bosnie, au Kosovo, au Proche-Orient», note Warsaw. Mais à l’exception des accords de Dayton mettant fin à la guerre en Bosnie, les tentatives ont été rarement fructueuses. L’accord du Vendredi-Saint a contribué à la restauration d’un climat plus propice à la paix mais encore très fragile en Irlande du Nord. L’intervention pour rétablir la démocratie en Haïti a plus ou moins échoué, l’accord intérimaire de Wye Plantation sur le Proche-Orient (1998) a dû être modifié par la suite. Les discussions israélo-syriennes sont dans l’impasse. Sur le dossier israélo-palestinien, le rôle de Clinton est central, depuis l’accord d’Oslo de 1993 jusqu’au sommet de Camp David II. Ce dernier sommet souffre de la comparaison avec son prédécesseur de 1978, qui se termina par l’accord de paix historique israélo-égyptien. Mais, estime le professeur Robert Murray, l’échec n’est guère imputable à Bill Clinton, mais bien plutôt à la complexité des enjeux. «Clinton a pensé qu’en rassemblant ces hommes, il pourrait obtenir quelque chose grâce à son charme. Mais c’était un problème trop compliqué. Je ne pense pas que ce soit la faute de Bill Clinton. Il a simplement travaillé avec les mauvaises personnes». De toute manière, l’opinion américaine ne créditera guère Bill Clinton de son bilan de politique étrangère. Elle est bien plus préoccupée par les enjeux intérieurs. La fin du mandat de Jimmy Carter, héros de Camp David aux côtés d’Anouar el-Sadate et de Menahem Begin, le prouve aisément. La crise des otages américains en Iran précipitera sa défaite. Jusqu’ici, seuls deux présidents américains ont obtenu le prix Nobel de la paix, Theodore Roosevelt pour un accord de paix entre le Japon et la Russie, et Woodrow Wilson, fondateur de la Société des nations. «La prospérité retrouvée des États-Unis, c’est probablement la principale chose qu’on retiendra de Bill Clinton comme président. En tant qu’individu, on se souviendra malheureusement de lui pour l’affaire Lewinski. Son bilan en restera terni, mais cela ne fera pas de lui un président qui a échoué», conclut Robert Murray.
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