Les chrétiens de Jérusalem se sont mobilisés hier pour préserver l’unité de la vieille ville de Jérusalem, qui abrite les lieux les plus sacrés de la chrétienté, craignant que le sommet de Camp David ne débouche sur une division de ce labyrinthe de ruelles et d’arcades. Les patriarches latin Mgr Michel Sabbah (catholique), Diodoros I (Église grecque-orthodoxe) et Torkom II (Église orthodoxe arménienne) se sont entretenus à ce sujet avec le ministre israélien de la Justice Yossi Beilin dans la vieille ville. «L’idée principale est que Jérusalem devrait être partagée, non divisée», a affirmé devant la presse Mgr Sabbah, s’exprimant au nom des deux autres patriarches. «Tout le monde devrait être en mesure de venir prier à Jérusalem et donc, nous, en tant qu’Églises, parlons d’un statut spécial pour Jérusalem. Nous parlons de garanties internationales au libre accès», a-t-il dit. Lundi, les trois patriarches, qui s’étaient plaints la semaine dernière de n’avoir pas de représentant aux négociations israélo-palestiniennes de Camp David, ont rencontré des responsables palestiniens et ont exprimé leur soutien à la revendication des Palestiniens sur la partie est de Jérusalem, annexée par Israël en 1967. «Jérusalem-Est est une ville palestinienne qui doit retourner sous souveraineté palestinienne», a déclaré à la presse après cette rencontre la députée palestinienne Hanane Achraoui. «Les Églises et leurs responsables rejettent la division ou la fragmentation de Jérusalem, tout comme le partage de la souveraineté», a affirmé Mme Achraoui. Mais hier, M. Beilin a présenté une image différente de la position des Églises. «(Les patriarches) ont insisté sur leur non-engagement politique. Ils ne sont pas impliqués dans la question de la solution politique. Ils respecteront toujours le gouvernement qui sera en place à la suite d’un accord», a-t-il affirmé aux journalistes. M. Beilin, qui est considéré comme une «colombe» dans le camp israélien, a affirmé qu’Israël n’avait pas l’intention de morceler la vieille ville, mais a ajouté qu’aucune décision n’avait encore été prise à ce sujet à Camp David. «J’ai été invité pour entendre le sentiment des patriarches en vue d’un possible accord sur le statut final (...) Je leur ai dit qu’un accord constituerait la meilleure garantie internationale», a-t-il déclaré à la presse après la rencontre. Estimant que «la solution pour la vieille ville doit avoir un caractère exceptionnel afin de répondre aux besoins symboliques de toutes les parties», M. Beilin a conclu : «En fin de compte, il s’agira d’une solution de coopération et non de division». «La division est quelque chose d’inconcevable, mais la coopération ici est une nécessité», a-t-il conclu. Environ 180 000 chrétiens, pour la plupart arabes, vivent en Israël et dans les Territoires palestiniens. William Salfiti, un épicier chrétien de 48 ans, préférerait qu’un organisme international ait le contrôle de la vieille ville, dont la superficie est à peine d’un kilomètre carré. «En tant qu’Arabe, je veux un dirigeant arabe, mais les Arabes doivent être en mesure de répondre à nos besoins et de nous accorder nos droits et la démocratie. Certes, nous vivons aujourd’hui sous l’occupation, mais en démocratie», a-t-il confié en ajoutant que «la division, c’est mauvais». L’antiquaire Zack Mashriky, 23 ans, en a lui «assez des soldats qui n’appartiennent pas à cet endroit». «Nous avons le sentiment en tant que chrétiens d’être négligés», a-t-il affirmé.
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