Charlatan pour les uns, stratège génial pour les autres : quoi qu’il en soit, Vicente Fox, le candidat de la droite à la présidence, a remporté une victoire historique. Vicente Fox a fêté dimanche son 58e anniversaire et reçu le plus beau cadeau qu’il pouvait souhaiter : la présidence. Fox «c’est 90 % d’image et 10 % d’idée», ont dit ses adversaires. L’image de Fox, c’est avant tout un style cow-boy qu’il affectionne – bottes pointues, ceinturon à large boucle, blue-jeans et stetson blanc – et un passé très «américain» lui aussi : avant d’entrer en politique, il a été de 1975 à 1979 directeur de Coca Cola pour le Mexique et l’Amérique centrale. Le cheveu noir comme la moustache qui barre son visage allongé, du haut de ses 2 mètres Vicente Fox toise naturellement l’adversaire. Haï ou admiré, il ne laisse jamais indifférent et son franc-parler, qui franchit souvent les limites de la grossièreté, ravit les uns autant qu’il choque les autres. Ses insultes à l’adresse de Francisco Labastida, le candidat malheureux du Parti révolutionnaire institutionnel, qu’il a traité à l’envi «d’efféminé» ou de «petit bonhomme aux idées courtes», ont plus d’une fois défrayé la chronique de la campagne électorale. Qualifié en retour de «goujat», Fox a mis de l’eau dans son vin. «Je sais aussi être poli», a-t-il dit, troquant quand il le faut le jeans et les bottes pour un sobre complet-veston. «Caméléon», «opportuniste», ont tonné ses adversaires tout en affirmant que le candidat de la droite changeait d’idées aussi facilement que de tenue. De fait, au cours de sa campagne il a réalisé plusieurs «pirouettes» dont la plus remarquée a été de promettre la privatisation de la sacro-sainte compagnie de pétrole Pemex – véritable symbole de la souveraineté mexicaine – pour affirmer quelques mois plus tard, face au tollé que cette idée avait provoqué, qu’il n’avait jamais dit ça. Ses promesses de faire croître l’économie mexicaine de 7 %, de ramener l’inflation à 2 % ou de régler le problème de la guérilla du Chiapas «en 15 minutes» ont fait plus d’un sceptique. À l’évidence, le candidat de la droite est aux antipodes du politicien mexicain traditionnellement prudent et réservé. Sa carrière au sein du Parti d’action nationale (PAN, conservateur) – le plus vieux parti mexicain d’opposition, fondé en 1939 – n’est vieille que de 12 ans et sa première victoire importante, gouverneur de l’État de Guanajuato (centre-nord), ne date que de 1995. Traité de «fasciste» et de «réactionnaire» par ses adversaires, il se considère lui-même de centre gauche. Cette profession de foi a fait sourire et en fin de compte si Fox l’a emporté c’est sans doute parce que ses idées ont compté moins que ce qu’il représente : le changement dans un pays dominé depuis 71 ans par le même parti.
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