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Actualités - Conferences Et Seminaires

Conférence - Comment la philosophie arabe a influencé la pensée européenne, par Frank Griffel, à l'Orient-Institut Al-Ghazali et Descartes : une même façon d'appréhender le monde (photo)

Selon Frank Griffel, titulaire d’un doctorat en histoire de la philosophie et spécialisé en théologie et philosophie arabes, «Descartes a été fortement influencé par le philosophe arabe du XIIe siècle al-Ghazali». Plus précisément, les premières «Méditations» seraient largement inspirées de l’autobiographie du penseur arabe, intitulée «La Délivrance de l’erreur». «Le problème de cette supposition, dont je ne suis pas l’initiateur, est qu’elle se heurte à un vieux principe. En substance, celui-ci affirme que, s’il n’y pas de preuve évidente d’influence, à savoir de traduction, la recherche est invalide», apprend Frank Griffel. «Pourtant, il suffit de lire et de comparer les deux textes pour se rendre à l’évidence». À quelque 5 siècles de distance, les «acharites», disciples de al-Ghazali, et les cartésiens ont le rejet du système aristotélicien en commun : «La notion de scepticisme, ajoute le professeur, très présente dans la pensée arabe, a influencé la philosophie de Descartes». Le conférencier essaie, en fait, de prouver que, «bien que Descartes n’a jamais eu un exemplaire de l’autobiographie de al-Ghazali entre les mains, elle l’a sûrement beaucoup aidé dans sa recherche sur le “cogito” humain». Voici quelques extraits de la conférence de Frank Griffel : «Descartes est considéré comme le père de la philosophie moderne, dans le sens où il a essayé de se détacher du système aristotélicien et de reprendre la philosophie à sa base. La pensée aristotélicienne est fondée sur le principe déductif qui atteint la connaissance en plaçant le phénomène en question sous un ordre supérieurement connu. Ce système implique que toute connaissance donnée est représentée par un nombre limité de propositions, qui peuvent toutes être déduites des principes connus. En sciences naturelles, la méthode aristotélicienne ne recommande pas les expériences empiriques. Le nouveau système, le cartésien, encourage totalement les sciences empiriques, sans lequel les immenses réussites des sciences naturelles accomplies ces derniers siècles auraient été impensables». «Pour Descartes, les idées innées et les perceptions claires et distinctes sont les éléments les plus importants de sa reconstruction du système de la connaissance humaine (...). La source de l’intuition humaine et des perceptions claires et distinctes n’est autre, selon Descartes, que Dieu lui-même, qui, étant parfait et infiniment sincère, ne peut se moquer de nous et nous laisser avoir des intuitions qui nous mèneraient à de faux jugements (...) Alors que la philosophie médiévale prenait ses notions de vérité et de connaissance de “là-haut”, la nouvelle méthode de Descartes place la source de ces deux principes dans l’homme lui-même». Le scepticisme «Le lien entre Descartes et al-Ghazali se situe dans l’usage méthodologique du scepticisme (...). Al-Ghazali tire la plupart de ses idées sur le scepticisme de ce qu’il savait de la propagande menée par le mouvement des Ismaéliens (...). Comme Descartes, ils n’étaient pas des sceptiques, mais ils utilisaient le scepticisme à seule fin de prouver que l’unique source de vérité était en Dieu (...). Il ne peut y avoir aucune connaissance, et cela est la seule chose dont nous soyons sûrs. Mais nous savons que Descartes trouve la solution dans l’argument : «Je pense donc je suis». Descartes dit : «Il y a au moins une seule vérité, c’est que je pense, donc je suis. Quelle solution offre al-Ghazali ? (...) Ses doutes concernant l’authenticité de la connaissance humaine sont dépassés par la foi dans la sincérité de Dieu et que ce dernier ne décevrait jamais l’individu jusqu’à ce point». Sur la question des textes authentifiant une influence quelconque de la philosophie arabe sur la pensée européenne, voici la réponse de Frank Griffel : «Les historiens de la philosophie, qu’ils soient Européens ou Arabes, partent du même principe, selon lequel l’histoire de la philosophie est déterminée par les textes (...) Ce que je suggère, c’est de regarder les choses non pas comme un historien qui a besoin de preuves écrites pour approuver une influence, mais plutôt avec une attitude qui considère le développement des idées comme un procédé d’interaction où plusieurs individus sont impliqués. Je crois simplement qu’une idée, une fois développée par une ou plusieurs personnes, a une vie en soi, qui ne peut plus être contrôlée par son ou ses inventeurs». (...) «En conclusion, j’encourage à une plus grande flexibilité lorsqu’on débat de l’influence de la philosophie arabe sur la pensée européenne. Cela doit être dit des deux côtés (...). Je pense que les questions de plagiat sont plutôt ennuyeuses, comparées à d’autres, comme celle-ci par exemple : «Pourquoi l’emploi de la notion de scepticisme chez Descartes a connu un tel impact dans la pensée européenne, alors que la biographie d’al-Ghazali n’a pas apporté un renouveau à la théologie et à la philosophie islamique ?»
Selon Frank Griffel, titulaire d’un doctorat en histoire de la philosophie et spécialisé en théologie et philosophie arabes, «Descartes a été fortement influencé par le philosophe arabe du XIIe siècle al-Ghazali». Plus précisément, les premières «Méditations» seraient largement inspirées de l’autobiographie du penseur arabe, intitulée «La Délivrance de l’erreur». «Le problème de cette supposition, dont je ne suis pas l’initiateur, est qu’elle se heurte à un vieux principe. En substance, celui-ci affirme que, s’il n’y pas de preuve évidente d’influence, à savoir de traduction, la recherche est invalide», apprend Frank Griffel. «Pourtant, il suffit de lire et de comparer les deux textes pour se rendre à l’évidence». À quelque 5 siècles de distance, les «acharites», disciples de...