En vue de sa deuxième victoire dans le Tour de France, Lance Armstrong garde les pieds sur terre et ne fait pas économie de modestie quand il évoque ses grands aînés. «Il serait insensé de prétendre que je vais gagner cinq Tours d’affilée», a commenté le Texan lors de la seconde journée de repos lundi à Courchevel. Pour cela, il me faudrait en courir six ou sept car il y a plein d’autres bons coureurs et on ne peut pas gagner tous les ans». «Si je garde une motivation suffisante au fil des ans, j’essaierai mais je ne peux rien promettre, a-t-il ajouté. Si je conserve le même amour pour ce sport et pour ce que je fais dans les années qui viennent, j’essaierai». Merckx, Indurain, Hinault et Anquetil possédaient beaucoup plus de talent que moi». Avec 7’26’’ sur l’Allemand Jan Ullrich au classement général, Armstrong ne peut plus guère être inquiété et un deuxième sacre sur les Champs-Elysées lui est promis 10 ans après le dernier succès de son compatriote Greg LeMond. Mais il est vrai qu’il reste encore loin du Belge Eddy Merckx, de l’Espagnol Miguel Indurain ou des Français Bernard Hinault et Jacques Anquetil. Armstrong peut-il garder la même énergie et la même motivation avec le temps ? «Probablement pas. Je n’en ai d’ailleurs pas le désir car j’ai une grande famille avec laquelle je veux passer plus de temps». Regrets Si son exploit annoncé n’est pas sans précédent, Armstrong s’impose pourtant comme le plus grand coureur depuis Indurain, loin devant l’Italien Marco Pantani et Jan Ullrich, ses deux précédesseurs au palmarès. Cette année, le Texan aura battu ses rivaux à la régulière. «C’est dommage qu’ils n’aient pas été là l’an passé. Et c’était bien qu’ils soient revenus cette année, a-t-il commenté. Je me sens bien par rapport à l’an passé. J’étais fort aux entraînements mais je suis quand même surpris par les écarts». Avec Pantani, Armstrong a trouvé un allié naturel dans les épreuves de montagne et l’Américain s’est souvent glissé dans les roues du Toscan dès que la pente s’élevait et que le reste du peloton s’éparpillait dans les lacets. Pourtant Armstrong a peu apprécié les remarques du «Pirate» après sa victoire au sommet du mont Ventoux. «Le Ventoux était un cadeau que je lui faisais. C’est un grand coureur, c’est un grand champion et c’est un grimpeur hors classe mais il n’était pas le plus fort dans le Ventoux», a estimé l’Américain. «Sur le moment, j’ai eu l’impression de faire ce qu’il fallait, d’avoir un geste, a-t-il poursuivi. Mais depuis, je suis déçu par son attitude et ses déclarations» «À voir son comportement ces trois derniers jours, je comprends que la victoire aurait dû revenir au plus fort. Par exemple hier (dimanche à Courchevel), il était le plus fort et il a gagné». Le différend entre les deux coureurs est d’autant plus étonnant qu’ils avaient fait assaut d’amabilités réciproques ces derniers jours. Résumant son état d’esprit, Armstrong déclarait : «Il est là pour gagner des étapes et moi pour gagner le Tour de France». Concernant Ullrich, l’Américain a estimé que la préparation du patron des Telekom n’avait pas été parfaite. «Je ne savais pas à quoi m’attendre n’ayant jamais couru contre lui dans une course aussi importante», a dit Armstrong. «Je suis simplement surpris par mon avance. Je crois qu’il lui faudrait être plus sérieux durant l’hiver. Ce n’est pas un reproche car c’est un coureur bien. Un gentleman». Pour ajouter encore aux regrets laissés sur les pentes du Ventoux, Armstrong peut se dire qu’il risque de terminer le Tour de France sans le moindre succès d’étape alors qu’il en avait signé quatre en 1999. «Peut-être le contre-la-montre» samedi, à Mulhouse, a-t-il glissé.
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