Les États-Unis suivent sans beaucoup d’illusions les élections législatives prévues ce week-end au Zimbabwe, le pouvoir du président Robert Mugabe ayant, pour Washington, poussé trop loin la violence et les irrégularités. Le refus d’accréditer une grande partie des observateurs étrangers, diplomates ou membres d’organisations non-gouvernementales, a visiblement sonné le glas de la crédibilité de ce scrutin aux yeux de l’administration américaine. «Cette mesure du gouvernement du Zimbabwe est certainement un revers pour le processus démocratique», a déclaré un porte-parole du département d’État, Philip Reeker, en déplorant «que le gouvernement ait échoué à créer un climat conduisant à des élections crédibles». Les appels répétés du département d’État à un «processus électoral libre de toute manipulation et intimidation» faisaient, à la veille de l’ouverture du scrutin, figure de vœu pieux. «Les résultats risquent d’être ce que le président Mugabe voudra bien qu’ils soient», affirme Marina Ottaway, spécialiste de l’Afrique à la Fondation Carnegie et auteur de plusieurs ouvrages sur la politique africaine. «La seule question qui se pose vraiment, c’est de savoir si Mugabe laissera l’opposition gagner des sièges ou non», affirme-t-elle, ajoutant que «compte tenu de la situation, les perspectives ne sont pas prometteuses». Deux importants instituts américains spécialisés dans la surveillance électorale ont également fait part de leur indignation après s’être vu refuser le statut d’observateurs. «Sur 90 élections auxquelles nous avons participé comme observateurs dans 40 pays depuis 1984, celle du Zimbabwe est la pire jamais vue», a déclaré le président de l’Institut international républicain (IRI), Lorne Craner. Le président de l’Institut national démocratique (NDI), Kenneth Wollack, a pour sa part dénoncé les «dégâts irréparables causés au processus électoral» par les violences des derniers mois. Le gouvernement américain a déjà décidé en avril de suspendre une aide d’un million de dollars destinée à soutenir la réforme agraire dans ce pays, accusant Robert Mugabe d’avoir provoqué la dérive violente de ce projet pour renforcer son pouvoir personnel. Le reste de l’assistance américaine, soit une douzaine de millions de dollars, pourrait lui aussi être gelé après l’élection, si une procédure en ce sens engagée par le Congrès américain aboutit. Au-delà du contexte électoral, la brutale dégradation de la situation dans ce pays préoccupe les responsables américains, qui comptaient sur la bonne volonté de Harare pour parvenir à un règlement en république démocratique du Congo (RDC). Le Zimbabwe, qui soutient le président Laurent-Désiré Kabila, est l’un des signataires des accords de paix de Lusaka de 1999, dont Washington a fait l’une de ses priorités diplomatiques sur le continent. Quant au président Mugabe lui-même, la crise en cours ne fait qu’aggraver encore les réticences de l’administration américaine à son égard, bien qu’il ait par le passé effectué plusieurs visites aux États-Unis. «Les États-Unis ont toujours été soupçonneux à l’égard de Mugabe, qui n’est pas un de leurs clients», souligne Marina Ottaway. Ils pourraient toutefois choisir de le ménager afin de préserver les chances de paix en RDC. «On ne peut pas l’attaquer directement, et dans le même temps attendre qu’il coopère au Congo», affirme-t-elle.
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